{"id":735,"date":"2024-12-03T17:46:59","date_gmt":"2024-12-03T16:46:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.eco-medie.be\/?p=735"},"modified":"2024-12-03T17:46:59","modified_gmt":"2024-12-03T16:46:59","slug":"la-monnaie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eco-medie.be\/?p=735","title":{"rendered":"LA MONNAIE"},"content":{"rendered":"\n<h3>D\u00e9finition<\/h3>\n\n\n\n<p>La monnaie est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe. Les grands \u00e9conomistes lui ont consacr\u00e9 des dizaines de milliers de pages sans parvenir \u00e0 se mettre d\u2019accord. Ils s\u2019accordent juste sur cette d\u00e9finition donn\u00e9e par Wicksell en 1906&nbsp;: Elle est un instrument qui remplit trois fonctions&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol type=\"1\"><li>interm\u00e9diaire d\u2019\u00e9change<\/li><li>r\u00e9serve de valeur<\/li><li>mesure de la valeur<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Par contre, ils s\u2019opposent sur sa nature. Pour les uns (l\u2019\u00e9cole autrichienne), c\u2019est un bien comme les autres, juste caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00ab&nbsp;vendabilit\u00e9&nbsp;\u00bb plus grande&nbsp;; pour les autres, elle est une convention sociale, o\u00f9 le politique joue un r\u00f4le important. Ils se divisent \u00e9galement sur l\u2019explication de pourquoi l\u2019\u00e9conomie est mon\u00e9taire, un fait d\u2019une \u00e9vidence apparente mais qui pose bien des probl\u00e8mes aux mod\u00e8les n\u00e9oclassiques, amen\u00e9s \u00e0 \u00ab&nbsp;imposer&nbsp;\u00bb l\u2019usage de la monnaie par hypoth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>Et surtout, les \u00e9conomistes s\u2019opposent sur le r\u00f4le et l\u2019impact de la monnaie sur l\u2019\u00e9conomie \u00ab&nbsp;r\u00e9elle&nbsp;\u00bb. Ces questions ne seront pas abord\u00e9es dans le pr\u00e9sent article qui vise \u00e0 expliquer comment fonctionne pratiquement l\u2019offre de monnaie.<\/p>\n\n\n\n<h3>Historique<\/h3>\n\n\n\n<p>La monnaie a \u00e9merg\u00e9 progressivement pour r\u00e9pondre aux besoins du commerce. Le commerce est \u00e9videmment plus ancien que la monnaie puisqu\u2019il existe depuis avant la civilisation&nbsp;; au d\u00e9but, il se pratiquait sous la forme du troc&nbsp;: l\u2019\u00e9change de produits contre d\u2019autres produits, suivant les besoins des protagonistes. Sous une forme aussi primitive, le commerce n\u2019aurait pu conna\u00eetre qu\u2019un d\u00e9veloppement limit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport au troc, un premier progr\u00e8s survint lorsque certaines marchandises acc\u00e9d\u00e8rent au statut d\u2019interm\u00e9diaire d\u2019\u00e9change, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles circul\u00e8rent de main en main non seulement pour r\u00e9pondre \u00e0 des besoins, mais \u00e9galement parce qu\u2019elles \u00e9taient largement accept\u00e9es dans l\u2019\u00e9change. Chacun ne l\u2019accepte que parce qu\u2019il sait que presque tout le monde l\u2019accepte. C\u2019est le troc am\u00e9lior\u00e9. Divers biens ont jou\u00e9 ce r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire (par exemple le b\u00e9tail). Progressivement, il devint \u00e9vident que les m\u00e9taux pr\u00e9cieux, principalement l\u2019or et l\u2019argent, convenaient mieux que n\u2019importe quelle autre marchandise pour jouer ce r\u00f4le. Ceci gr\u00e2ce \u00e0 leurs qualit\u00e9s intrins\u00e8ques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>l\u2019inalt\u00e9rabilit\u00e9&nbsp;: par opposition aux biens p\u00e9rissables qui comportent le risque de pertes.<\/li><li>l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9&nbsp;: toujours pareil \u00e0 lui-m\u00eame&nbsp;; on ne peut en dire autant du b\u00e9tail.<\/li><li>la divisibilit\u00e9&nbsp;: le m\u00e9tal pr\u00e9cieux peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 en tr\u00e8s petite ou tr\u00e8s grande quantit\u00e9 et son pesage est ais\u00e9.<\/li><li>la portabilit\u00e9&nbsp;: du m\u00e9tal pr\u00e9cieux repr\u00e9sentant une tr\u00e8s grande valeur conserve un poids et un volume le rendant facile \u00e0 transporter.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Il y eut d\u2019abord l\u2019\u00e9poque du m\u00e9tal pes\u00e9. L\u2019acheteur devait fournir un certain poids d\u2019or ou d\u2019argent au vendeur et on pesait le m\u00e9tal pour que la transaction soit conclue. Ce syst\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas suffisamment pratique et c\u2019est pour cette raison qu\u2019un progr\u00e8s d\u00e9cisif fut accompli. Il consistait \u00e0 frapper des pi\u00e8ces d\u2019or ou d\u2019argent dont le poids \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9. La monnaie \u00e9tait n\u00e9e, sous cette forme qui est appel\u00e9e la&nbsp;<strong><em>monnaie m\u00e9tallique<\/em><\/strong>, la premi\u00e8re \u00e0 avoir exist\u00e9 chronologiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>On consid\u00e8re que la premi\u00e8re monnaie date d\u2019environ 600 av JC et qu\u2019elle fut \u00e9mise par Cr\u00e9sus, roi de Lydie. Le souverain, tr\u00e8s riche, poss\u00e9dait de grandes quantit\u00e9s de m\u00e9tal pr\u00e9cieux, et les d\u00e9bitait sous forme de pi\u00e8ces de m\u00e9tal avec lesquelles il payait ses nombreux fournisseurs. Ceux-ci faisaient circuler cette monnaie dans le reste de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport au m\u00e9tal pes\u00e9, l\u2019invention de la monnaie m\u00e9tallique est \u00e0 la fois une grande r\u00e9volution et une continuit\u00e9. Une continuit\u00e9, parce que si les pi\u00e8ces avaient une valeur faciale, celle-ci n\u2019exprimait rien d\u2019autre que la quantit\u00e9 de m\u00e9tal qu\u2019elles \u00e9taient cens\u00e9es contenir. En payant avec de la monnaie m\u00e9tallique, on \u00e9changeait donc toujours un certain poids de m\u00e9tal contre une marchandise. Une r\u00e9volution, car l\u2019absence de pesage implique la confiance&nbsp;; celle-ci est le fondement de la monnaie. En frappant des pi\u00e8ces \u00e0 son effigie, le souverain prenait un engagement moral quant \u00e0 la valeur de la monnaie, ce qui devait inspirer la confiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut reconna\u00eetre que des fraudes ont exist\u00e9, soit du fait du souverain lui-m\u00eame, soit du fait des d\u00e9tenteurs de pi\u00e8ces de monnaie. Notamment, une forme de malhonn\u00eatet\u00e9 consistait \u00e0 gratter les pi\u00e8ces pour pr\u00e9lever de petites quantit\u00e9s de m\u00e9tal qu\u2019on accumulait. La malhonn\u00eatet\u00e9 n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs pas la seule cause de la d\u00e9gradation&nbsp;; les pi\u00e8ces qui circulaient beaucoup s\u2019usaient. Avec le temps, la gestion de la monnaie m\u00e9tallique s\u2019affinera&nbsp;; ainsi, la loi fixera la tol\u00e9rance maximale quant \u00e0 l\u2019\u00e9cart de poids. Par exemple, si le public est assur\u00e9 qu\u2019une pi\u00e8ce ayant 98% de son poids normal sera accept\u00e9e, personne n\u2019a de raison de s\u2019en m\u00e9fier&nbsp;; si elle tombe en dessous du seuil l\u00e9gal de tol\u00e9rance, elle n\u2019est plus de la monnaie et ne vaut que son poids r\u00e9el du m\u00e9tal pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon le lieu et l\u2019\u00e9poque, la frappe mon\u00e9taire \u00e9tait gratuite ou ne l\u2019\u00e9tait pas&nbsp;; la redevance \u00e9ventuelle, un pourcentage de l\u2019or du lingot pr\u00e9lev\u00e9 par l\u2019institution mon\u00e9taire, s\u2019appelle le <em>seigneuriage<\/em>. Le plus souvent, le seigneuriage correspondait \u00e0 un \u00e9cart entre la valeur faciale de la pi\u00e8ce et son poids de m\u00e9tal.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le moyen \u00e2ge, le commerce connut un essor consid\u00e9rable. La monnaie m\u00e9tallique se r\u00e9v\u00e9la insuffisante pour assurer la liquidit\u00e9 n\u00e9cessaire aux op\u00e9rations commerciales. Vu la difficult\u00e9 de produire de l\u2019or, ce syst\u00e8me manque de souplesse pour s\u2019adapter aux besoins fluctuants d\u2019une \u00e9conomie \u00e9volu\u00e9e. Ce probl\u00e8me fut r\u00e9solu par l\u2019invention d\u2019un nouveau type de monnaie, qui apparut en compl\u00e9ment de la monnaie m\u00e9tallique.&nbsp;La <strong><em>monnaie de cr\u00e9dit,<\/em><\/strong> une monnaie cr\u00e9\u00e9e par les op\u00e9rations de cr\u00e9dit, se d\u00e9veloppa sous deux formes diff\u00e9rentes&nbsp;: les billets de banque (souvent appel\u00e9s <em>monnaie fiduciaire<\/em>) et les comptes bancaires \u00e0 vue&nbsp;(souvent appel\u00e9s <em>monnaie scripturale<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>La monnaie de cr\u00e9dit ne s\u2019est pas substitu\u00e9e imm\u00e9diatement \u00e0 la monnaie m\u00e9tallique mais s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e compl\u00e9mentairement, en ne l\u2019\u00e9vin\u00e7ant que tr\u00e8s lentement. Au long du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle et au d\u00e9but du vingti\u00e8me, la monnaie m\u00e9tallique jouait toujours un r\u00f4le essentiel dans les pays industrialis\u00e9s d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique. Caract\u00e9ristique de cette \u00e9poque \u00e9tait une institution appel\u00e9e <em>h\u00f4tel des monnaies<\/em>, dont la fonction \u00e9tait de <em>monnayer<\/em> l\u2019or. Les pi\u00e8ces de monnaie ne repr\u00e9sentaient qu\u2019une partie du stock d\u2019or&nbsp;: le reste consistait principalement en lingots, objets d\u2019orf\u00e8vrerie et bijoux. Le public pouvait apporter des lingots \u00e0 l\u2019h\u00f4tel des monnaies pour faire frapper des pi\u00e8ces. Par cette op\u00e9ration de <em>monnayage<\/em>, de l\u2019or non mon\u00e9taire devenait monnaie. Mais l\u2019or pouvait \u00e9galement emprunter le chemin inverse&nbsp;; en cas de pl\u00e9thore mon\u00e9taire, les d\u00e9tenteurs de pi\u00e8ces pouvaient les faire fondre pour obtenir des lingots. Le stock d\u2019or mon\u00e9taire et le stock d\u2019or non mon\u00e9taire fonctionnaient comme des vases communicants.<\/p>\n\n\n\n<p>La monnaie m\u00e9tallique et la monnaie de cr\u00e9dit sont les deux types de monnaie importants que le g\u00e9nie humain a con\u00e7us et r\u00e9alis\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Les crypto-monnaies fonctionnent suivant des m\u00e9canismes diff\u00e9rents \u00e0 la fois de la monnaie m\u00e9tallique et de la monnaie de cr\u00e9dit, mais les sp\u00e9cialistes ne sont pas unanimes quant \u00e0 savoir si ce sont de v\u00e9ritables monnaies&nbsp;; notamment, elles ne semblent pas servir de mesure de la valeur. Actuellement, elles tiennent plus de l\u2019actif sp\u00e9culatif. La cr\u00e9ation de bitcoins r\u00e9mun\u00e8re les \u00ab&nbsp;mineurs&nbsp;\u00bb qui mettent des ressources informatiques au service de la validation des transactions.<\/p>\n\n\n\n<h3>Comment le cr\u00e9dit cr\u00e9e la monnaie<\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsque la banque accorde un cr\u00e9dit de caisse \u00e0 une entreprise, elle cr\u00e9dite son compte \u00e0 vue par une simple \u00e9criture comptable ; l\u2019argent qu\u2019elle pr\u00eate, elle ne doit pas le puiser dans les d\u00e9p\u00f4ts des autres clients. L\u2019argent vers\u00e9 sur le compte de l\u2019emprunteur est de la monnaie cr\u00e9\u00e9e \u00e0 cette occasion. Au terme du cr\u00e9dit, le client \u201crembourse\u201d la banque et il se passe une op\u00e9ration inverse. Le compte du client est d\u00e9bit\u00e9 et la monnaie cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019origine dispara\u00eet aussi facilement qu\u2019elle \u00e9tait venue. Quand la masse mon\u00e9taire totale cro\u00eet durant un intervalle de temps, c\u2019est donc parce que les remboursements de cr\u00e9dit y sont inf\u00e9rieurs aux cr\u00e9dits nouvellement accord\u00e9s ; dans le cas contraire, elle serait en r\u00e9gression. Le volume de la monnaie en circulation est donc d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019encours des cr\u00e9dits. On peut faire le rapprochement avec le volume d\u2019eau dans une baignoire quand le robinet et l\u2019\u00e9vacuation sont tous les deux ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p>Les modalit\u00e9s de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire varient selon le pays et l\u2019\u00e9poque&nbsp;; il importe donc surtout d\u2019en comprendre le principe. G\u00e9n\u00e9ralement, les banques ne cr\u00e9ent de la monnaie que par leurs cr\u00e9dits \u00e0 court terme. Les cr\u00e9dits \u00e0 moyen et \u00e0 long termes, octroy\u00e9s par les banques et les institutions financi\u00e8res non mon\u00e9taires, sont financ\u00e9s par des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 terme ou par l\u2019\u00e9mission de titres. Lorsqu\u2019une banque accorde un cr\u00e9dit de caisse, elle cr\u00e9e de la monnaie ; lorsqu\u2019elle accorde un cr\u00e9dit d\u2019investissement, elle ne fait que repr\u00eater l\u2019argent qu\u2019elle a elle-m\u00eame emprunt\u00e9. Dans le premier cas, \u00able cr\u00e9dit fait les d\u00e9p\u00f4ts\u00bb ; dans le second, \u00ables d\u00e9p\u00f4ts font le cr\u00e9dit\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout comme la monnaie scripturale, les billets de banque sont \u00e9galement le fruit d\u2019op\u00e9rations de cr\u00e9dit. Jusqu\u2019avant le XXe si\u00e8cle, dans la plupart des pays, une pluralit\u00e9 de banques commerciales priv\u00e9es \u00e9mettaient des billets de banque. Les \u00e9pargnants pouvaient d\u00e9poser leur monnaie m\u00e9tallique ou des lingots dans les banques et recevaient en contrepartie des billets de banque qu\u2019ils avaient le droit de re-convertir en m\u00e9tal pr\u00e9cieux plus tard. Les clients des banques pr\u00e9f\u00e9raient conserver et utiliser les billets, d\u2019usage plus pratique, et laisser l\u2019or \u00e0 la banque. Les banques en profit\u00e8rent pour r\u00e9aliser des op\u00e9rations de cr\u00e9dit, par lesquelles des billets \u00e9taient \u00e9mis pour \u00eatre pr\u00eat\u00e9s \u00e0 des clients qui n\u2019avaient pas d\u00e9pos\u00e9 de m\u00e9tal&nbsp;; ou bien elles pr\u00eataient une partie de l\u2019or en d\u00e9p\u00f4t chez elles. Pour les banques, l\u2019important \u00e9tait de rester capables de rembourser l\u2019or aux porteurs de billets qui en faisaient la demande. Ce proc\u00e9d\u00e9 \u00e9tait sans danger tant que les banques jouissaient de la confiance du public.<\/p>\n\n\n\n<p>Au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, dans la plupart des pays, la loi confia le monopole de l\u2019\u00e9mission des billets \u00e0 une banque centrale contr\u00f4l\u00e9e publiquement ou \u00e0 un r\u00e9seau de banques assurant collectivement cette fonction. L\u2019objectif \u00e9tait de permettre que la masse des billets en circulation soit r\u00e9gul\u00e9e par d\u2019autres crit\u00e8res que le profit bancaire et plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019\u00e9viter les d\u00e9bordements dans le volume des \u00e9missions. A partir du vingti\u00e8me si\u00e8cle, la convertibilit\u00e9 des billets en or devint de plus en plus rare et l\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait permise, des conditions strictes \u00e9taient impos\u00e9es. Sans convertibilit\u00e9, la valeur des billets se d\u00e9connecta de l\u2019or qui leur servait de couverture (partielle). C\u2019est ce qu\u2019on appelle le <em>cours forc\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3>Le r\u00f4le des banques centrales<\/h3>\n\n\n\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 comment les banques commerciales cr\u00e9ent la monnaie en accordant des cr\u00e9dits. Voyons comment fonctionne le syst\u00e8me mon\u00e9taire dans son ensemble, avec ses billets de banques et sa monnaie de compte et quels sont les r\u00f4les respectifs de la banque centrale et des banques commerciales. Les clients de telle banque effectuent des paiements en compte vers ceux des autres banques&nbsp;; en cons\u00e9quence, un syst\u00e8me de compensation a \u00e9t\u00e9 mis en place au niveau des banques. Quotidiennement, chaque banque est appel\u00e9e \u00e0 recevoir ou \u00e0 verser un solde de nombreuses op\u00e9rations vers les autres banques ou venant d\u2019elles. Ces transferts se passent par les comptes courants que les diverses banques d\u00e9tiennent \u00e0 la banque centrale. Comme tout un chacun, les banques doivent conserver une somme suffisante sur leur compte pour faire face \u00e0 ces transferts ainsi qu\u2019aux retraits de billets de leurs clients. Le montant minimum \u00e0 conserver sur ce compte d\u00e9pend du volume des paiements, suivant des r\u00e8gles qui rel\u00e8vent \u00e0 la fois du calcul des probabilit\u00e9s et de la simple prudence. Certes, les banques s\u2019accordent mutuellement des cr\u00e9dits \u00e0 court terme (m\u00eame au jour le jour) pour \u00e9viter l\u2019illiquidit\u00e9 de l\u2019une ou l\u2019autre d\u2019entre elles. Mais plus elles cr\u00e9ent de monnaie, plus elles ont besoin de r\u00e9serve sur leur compte \u00e0 la banque centrale pour faire face \u00e0 leurs obligations. Comment alimenter leur compte&nbsp;? Le dernier recours, c\u2019est d\u2019emprunter \u00e0 la banque centrale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les comptes des banques commerciales aupr\u00e8s de la banque centrale jouent un r\u00f4le fondamental&nbsp;: on les appelle les <em>r\u00e9serves mon\u00e9taires<\/em>. Elles sont une monnaie \u00ab&nbsp;au second degr\u00e9&nbsp;\u00bb, une monnaie cr\u00e9\u00e9e par la banque centrale, non pour le public mais pour les banques. La monnaie est donc assise sur une double op\u00e9ration de cr\u00e9dit&nbsp;; d\u2019abord de la banque commerciale \u00e0 son client, ensuite de la banque centrale \u00e0 la banque commerciale. Les r\u00e9serves mon\u00e9taires ne font pas partie du stock mon\u00e9taire du pays, car elles ne sont pas \u00e0 la disposition du public.<\/p>\n\n\n\n<p>La monnaie cr\u00e9\u00e9e par la banque centrale peut rev\u00eatir deux formes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; scripturale&nbsp;: le compte de r\u00e9serve de la banque commerciale est cr\u00e9dit\u00e9 par la banque centrale&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; fiduciaire&nbsp;: la banque centrale lui fournit des billets de banque, dont elle a le monopole de l\u2019\u00e9mission et dont les banques commerciales ont besoin pour satisfaire leurs clients, car ceux-ci d\u00e9sirent conserver une partie de leur encaisse sous la forme de billets.<\/p>\n\n\n\n<p>On appelle <em>monnaie de base<\/em> ou <em>base mon\u00e9taire<\/em>, la monnaie cr\u00e9e par la banque centrale d\u00e9tenue par les banques commerciales., qui comporte deux parties&nbsp;: les r\u00e9serves des banques et les billets de banque. Lorsqu\u2019un client retire des billets au distributeur, ceux-ci quittent la base mon\u00e9taire et entrent dans la masse mon\u00e9taire en circulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la cr\u00e9ation de monnaie de base passe principalement par le cr\u00e9dit accord\u00e9 par la banque centrale aux banques commerciales. La forme principale de ce cr\u00e9dit est l\u2019<em>open market policy<\/em>, par laquelle la banque centrale ach\u00e8te ou vend des titres (le plus souvent des bons d\u2019Etat) aux banques commerciales. <em>Achat-vente<\/em> est ici un raccourci simplificateur car il n\u2019y a pas n\u00e9cessairement de transfert de propri\u00e9t\u00e9. Pour acheter des titres, la banque centrale cr\u00e9e de la monnaie de base. Lorsqu\u2019elle en vend, elle retire l\u2019argent obtenu de la circulation. Il y a un certain parall\u00e9lisme entre le rapport de la banque centrale avec les banques commerciales et le rapport de celles-ci avec le public. On appelle <em>contreparties mon\u00e9taires<\/em>, les actifs accumul\u00e9s par la banque centrale pour cr\u00e9er sa monnaie et qui figurent \u00e0 l\u2019actif de son bilan, tandis que la monnaie \u00e9mise (r\u00e9serves bancaires et billets) est \u00e0 son passif.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l\u2019avons vu, les banques centrales \u00e9mettaient auparavant des billets en contrepartie de l\u2019or qui y \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9. Les billets \u00e9tant devenus inconvertibles, les banques centrales disposent souvent de stocks d\u2019or importants figurant \u00e0 l\u2019actif de leurs bilans et servant \u00e9galement de contrepartie \u00e0 une partie du stock mon\u00e9taire. Aujourd\u2019hui, il n\u2019est plus d\u2019usage de lier l\u2019\u00e9mission de monnaie et l\u2019or.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre l\u2019or et les titres, la banque centrale a encore une autre contrepartie mon\u00e9taire \u00e0 l\u2019actif de son bilan&nbsp;: les devises \u00e9trang\u00e8res. Les exportateurs ont obtenu des devises de leurs clients \u00e9trangers et les vendent \u00e0 la banque pour obtenir de la monnaie nationale que la banque cr\u00e9e \u00e0 cette occasion. Par contre, les importateurs, pour payer leurs fournisseurs \u00e9trangers, ont besoin de devises qu\u2019ils ach\u00e8tent avec de la monnaie nationale qui est ainsi retir\u00e9e de la circulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pi\u00e8ces de monnaie en m\u00e9tal que nous utilisons quotidiennement pour les petites valeurs ne sont pas de la monnaie m\u00e9tallique au sens expliqu\u00e9 ci-avant, car elles ne tirent pas leur valeur de celle du m\u00e9tal dont elles sont faites mais de la monnaie fiduciaire dont elles sont une fraction. C\u2019est une sorte particuli\u00e8re de monnaie fiduciaire, qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;monnaie divisionnaire&nbsp;\u00bb. La monnaie divisionnaire pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019une monnaie fiduciaire caract\u00e9ris\u00e9e par le fait qu\u2019elle n\u2019est pas en papier mais en m\u00e9tal. Toutefois, pour des raisons historiques, la monnaie divisionnaire est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9mise par le \u00ab&nbsp;Tr\u00e9sor&nbsp;\u00bb (le minist\u00e8re des finances) et non par la banque centrale.<\/p>\n\n\n\n<h3>Facteurs d\u00e9terminant la masse mon\u00e9taire<\/h3>\n\n\n\n<p>Certains s\u2019inqui\u00e8tent de la facilit\u00e9 avec laquelle les banques commerciales peuvent cr\u00e9er de la monnaie par le cr\u00e9dit, \u00ab&nbsp;ex nihilo&nbsp;\u00bb comme ils aiment \u00e0 le qualifier. En r\u00e9alit\u00e9, cette cr\u00e9ation n\u2019est pas totalement ex nihilo. Les banques doivent garder des r\u00e9serves pour faire face \u00e0 leurs obligations&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>les retraits de billets du public<\/li><li>les paiements de leurs clients \u00e0 ceux des autres banques.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Plus elles accordent de cr\u00e9dits, plus ces obligations tendent \u00e0 cro\u00eetre. Or la monnaie de base qui leur permet de faire face \u00e0 ces obligations ne peut \u00eatre cr\u00e9\u00e9e que par la banque centrale. Donc sans le concours de la banque centrale, les banques commerciales ne peuvent pas accro\u00eetre l\u2019encours de leurs cr\u00e9dits.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit donc le r\u00f4le essentiel de la banque centrale pour contr\u00f4ler la masse mon\u00e9taire en circulation. Elle est la gardienne du syst\u00e8me&nbsp;: elle doit veiller \u00e0 ce qu\u2019il y ait suffisamment de monnaie pour le bon fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie mais pas trop de fa\u00e7on \u00e0 maintenir sa valeur. Il faut \u00e9galement \u00e9viter les faillites bancaires. Ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, on a accru l\u2019ind\u00e9pendance des banques centrales par rapport au pouvoir politique pour \u00e9viter que des calculs politiques influencent l\u2019\u00e9volution mon\u00e9taire. Cette ind\u00e9pendance s\u2019est trouv\u00e9e renforc\u00e9e lorsque les pays europ\u00e9ens ont mis leur syst\u00e8me mon\u00e9taire en commun.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0-dessus vient se greffer la probl\u00e9matique de la politique mon\u00e9taire. Rendre le cr\u00e9dit plus facile peut aider \u00e0 lutter contre une r\u00e9cession ou \u00e0 pr\u00e9venir sa survenance. G\u00e9rer la monnaie et le cr\u00e9dit est un peu la quadrature du cercle, car cela am\u00e8ne \u00e0 poursuivre des objectifs contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour inciter les banques \u00e0 pr\u00eater plus ou \u00e0 pr\u00eater moins, la banque centrale peut jouer sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat des pr\u00eats qu\u2019elle leur octroie. Elle peut aussi les obliger \u00e0 garder sur leur compte de r\u00e9serve un pourcentage minimal de leurs d\u00e9p\u00f4ts ou de leurs cr\u00e9dits et augmenter ou diminuer ce \u00ab&nbsp;coefficient de r\u00e9serve obligatoire&nbsp;\u00bb selon la situation du moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien de ce qui humain n\u2019est parfait&nbsp;; pas plus la monnaie de cr\u00e9dit que d\u2019autres cr\u00e9ations de l\u2019homme. Toutefois, ce syst\u00e8me est tr\u00e8s souple et rationnel. L\u2019id\u00e9al, c\u2019est que la croissance de la masse mon\u00e9taire \u00e9pouse celle de l\u2019\u00e9conomie. Or pr\u00e9cis\u00e9ment, la demande de cr\u00e9dit tend \u00e0 \u00e9voluer comme celle de la production et de la circulation des marchandises. Certainement mieux que la production d\u2019or ou d\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>La valeur de la monnaie<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie mon\u00e9taire la plus connue est la <em>th\u00e9orie quantitative<\/em>. Elle part d\u2019une \u00e9quation con\u00e7ue par Irving Fisher en 1911&nbsp;: <strong>M.V = T.P<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>M<\/em><\/strong> est la masse mon\u00e9taire, <strong><em>V<\/em><\/strong> est sa vitesse de circulation (nombre de fois que l\u2019unit\u00e9 mon\u00e9taire moyenne change de main pendant la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e), <strong><em>T<\/em><\/strong> est le volume des transactions r\u00e9elles (une abstraction puisque ces transactions sont une quantit\u00e9 physique ind\u00e9pendante de toute valorisation), <strong><em>P<\/em><\/strong> est le niveau g\u00e9n\u00e9ral des prix. En quelque sorte, la valeur de la monnaie est 1\/P.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quation est \u00e9videmment correcte puisqu\u2019elle est tautologique. Le fond de la th\u00e9orie quantitative, plus probl\u00e9matique, est dans son interpr\u00e9tation. Son intuition est de supposer que <em>V<\/em> est une donn\u00e9e exog\u00e8ne assez stable, que <em>T<\/em> est une donn\u00e9e exog\u00e8ne fix\u00e9e par l\u2019appareil productif, que <em>M<\/em> est d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 mon\u00e9taire. Reste donc P&nbsp;=&nbsp;f(M). <em>P<\/em> est une fonction lin\u00e9aire croissante de <em>M.<\/em> En fait, les hypoth\u00e8ses d\u2019exog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de <em>V<\/em> et de <em>T<\/em> sont fausses. Les variations de <em>M<\/em> peuvent se transmettre \u00e0 <em>V<\/em> (en sens inverse) ou \u00e0 <em>T<\/em> aussi bien qu\u2019\u00e0 <em>P<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Un \u00e9l\u00e9ment important est ce que Keynes a appel\u00e9 la <em>pr\u00e9f\u00e9rence pour la liquidit\u00e9<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire le d\u00e9sir du public de th\u00e9sauriser, de garder de la monnaie sur son compte sans intention de l\u2019utiliser. Cette pr\u00e9f\u00e9rence peut augmenter ou diminuer au cours du temps. Il est \u00e9vident que si elle augmente, <em>V<\/em> doit diminuer lorsque <em>M<\/em> augmente, car l\u2019argent dort sur les comptes.<\/li><li>De m\u00eame, il est stupide d\u2019ignorer les variations du taux d\u2019utilisation de la capacit\u00e9 productive (repr\u00e9sent\u00e9e par <em>T<\/em>) au cours du cycle \u00e9conomique. Lorsque l\u2019\u00e9conomie est en sous-emploi, l\u2019augmentation de <em>M<\/em> ira de pair avec une augmentation de <em>T<\/em> si elle sert \u00e0 financer ce que les \u00e9conomistes appellent une <em>d\u00e9pense autonome<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire une d\u00e9pense due \u00e0 un changement politique.<\/li><li>Soit dit en passant, certains \u00e9conomistes contestent aussi que <em>M<\/em> soit exog\u00e8ne, que l\u2019autorit\u00e9 mon\u00e9taire manipule <em>M<\/em> selon son bon vouloir. Car dans le processus du cr\u00e9dit, l\u2019initiative revient quand-m\u00eame aux emprunteurs, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Donc <em>T<\/em> doit avoir un effet sur <em>M<\/em>.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Bref, la valeur de la monnaie est le r\u00e9sultat d\u2019un jeu complexe d\u2019influences crois\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9finition La monnaie est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe. Les grands \u00e9conomistes lui ont consacr\u00e9 des dizaines de milliers de pages sans parvenir \u00e0 se mettre d\u2019accord. 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