{"id":676,"date":"2021-04-13T12:04:51","date_gmt":"2021-04-13T10:04:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eco-medie.be\/?p=676"},"modified":"2021-07-11T23:21:53","modified_gmt":"2021-07-11T21:21:53","slug":"karl-marx-un-penseur-comme-les-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eco-medie.be\/?p=676","title":{"rendered":"Karl Marx, un penseur comme les autres"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" width=\"215\" height=\"234\" src=\"https:\/\/www.eco-medie.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/marx-car.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-677\"\/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.eco-medie.be\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/article_marx_v3.pdf.pdf\">Pour t\u00e9l\u00e9charger en PDF:<\/a><a href=\"http:\/\/www.eco-medie.be\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/article_marx_v3.pdf.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download=\"\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p style=\"font-size:-1px\">En pastichant la premi\u00e8re phrase du \u00ab&nbsp;Manifeste du Parti Communiste&nbsp;\u00bb (1848), on pourrait \u00e9crire&nbsp;<em>: un spectre a hant\u00e9 tout le XX\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;: le marxisme<\/em>. Sa pr\u00e9sence est moins perceptible au XXI\u00e8me mais toujours d\u2019actualit\u00e9. L\u2019une des faces du marxisme, c\u2019est un homme, Karl Marx, un personnage \u00e0 la fois ultra-connu et ultra-m\u00e9connu, ce qui est le lot de beaucoup de personnages illustres. Il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 \u00e9crire et a laiss\u00e9 des milliers de pages \u00e0 l\u2019intention des candidats-lecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet homme du\nXIX\u00e8me si\u00e8cle a bouscul\u00e9 le XX\u00e8me comme pas deux, il en a influenc\u00e9 le cours\nhistorique jusque longtemps apr\u00e8s sa mort (1883). Surtout, son nom a cliv\u00e9 l\u2019opinion\n\u00e0 un niveau peu commun. A la r\u00e9putation sulfureuse pour les uns et c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par\nles autres, on le d\u00e9teste ou on l\u2019adore mais rares sont les indiff\u00e9rents.\nComment expliquer ce clivage&nbsp;? Les th\u00e8mes sur lesquels Marx a th\u00e9oris\u00e9\nsont de ceux qui suscitent g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019opposition et la controverse. Il est\nle premier \u00e0 l\u2019avoir fait aussi ouvertement et \u00e0 avoir int\u00e9gr\u00e9 tous ces\n\u00e9l\u00e9ments potentiellement pol\u00e9miques dans un syst\u00e8me de pens\u00e9e global.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart, la\ntotalit\u00e9 devrais-je dire, des \u00ab&nbsp;coll\u00e8gues&nbsp;\u00bb de Marx, notamment Aristote,\nSaint Thomas, Locke, Voltaire, Bentham, Proudhon, sont \u00e0 la source de moult\npol\u00e9miques mais n\u2019ont pas d\u00e9cha\u00een\u00e9 durablement les passions \u00e0 ce point. C\u2019est\naussi l\u2019\u00e9poque qui le veut. Comme l\u2019a montr\u00e9 le livre \u00ab&nbsp;Le nom de la\nRose&nbsp;\u00bb, les clercs se sont entre-d\u00e9chir\u00e9s \u00e0 propos d\u2019Aristote au\nmoyen-\u00e2ge, mais la pol\u00e9mique ne d\u00e9bordait pas d\u2019un cercle restreint. Le XX\u00e8me\nsi\u00e8cle est celui des masses et Aristote n\u2019y fait plus recette. Dans le pr\u00e9sent\narticle, je plaiderai pour qu\u2019on puisse parler de Marx en toute d\u00e9contraction,\navec d\u00e9tachement. Ne voir dans son \u0153uvre, ni la v\u00e9rit\u00e9 ultime, ni un pr\u00eache\ndiabolique. Comme ses \u00ab&nbsp;coll\u00e8gues&nbsp;\u00bb, Marx a eu des intuitions\nheureuses et d\u2019autres qui m\u00e8nent dans l\u2019impasse. Au fond, c\u2019est un penseur\ncomme les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9limitons note\nsujet. C\u2019est la pens\u00e9e de Marx. Pour moi, celle-ci s\u2019arr\u00eate aux \u00e9crits de Marx\net aux ouvrages co\u00e9crits par Engels et lui. Il ne sera pas question de l\u2019homme\nMarx ni de Marx activiste politique&nbsp;; juste de ses \u00e9crits. Je dois\npr\u00e9ciser que je ne pr\u00e9tends pas au titre de sp\u00e9cialiste de Marx et que je n\u2019ai\npas lu la totalit\u00e9 de cette \u0153uvre si monumentale.<\/p>\n\n\n\n<h2>Marx, philosophe, \u00e9conomiste et th\u00e9oricien\npolitique<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans cette\nsection, je survolerai et critiquerai quelques affirmations fortes de Marx.\nDans les deux sections suivantes, j\u2019approfondirai deux probl\u00e9matiques plus\ncomplexes, la \u00ab&nbsp;dictature du prol\u00e9tariat&nbsp;\u00bb et l\u2019exploitation du\ntravail par le capital.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx fut \u00e0 la\nfois philosophe, th\u00e9oricien politique et \u00e9conomiste. Ses livres ne sont\ng\u00e9n\u00e9ralement pas mixtes&nbsp;; ils sont consacr\u00e9s enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019une ou\nl\u2019autre de ces disciplines.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, comme \u0153uvre <strong>philosophiques<\/strong> principales, on a&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Diff\u00e9rence\nde la philosophie de la nature chez D\u00e9mocrite et \u00c9picure (sa th\u00e8se de doctorat)<\/li><li>Contribution \u00e0 la critique de la\nphilosophie du droit de Hegel<\/li><li>La sainte famille<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> (+)<\/li><li>L\u2019id\u00e9ologie allemande (+)<\/li><li>Mis\u00e8re de la philosophie<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>En <strong>th\u00e9orie\npolitique<\/strong>, citons&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Manifeste du parti communiste (+)<\/li><li>La lutte des classes en France (*)<\/li><li>Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte\n(*)<\/li><li>La guerre civile en France (*)<\/li><li>Critique du programme de Gotha<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>En <strong>\u00e9conomie<\/strong>,\nmentionnons&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Salaire, prix et profit<\/li><li>Contribution \u00e0 la critique de\nl\u2019\u00e9conomie politique<\/li><li>Travail salari\u00e9 et capital<\/li><li>Le capital (livres I, II et III)<\/li><li>Th\u00e9ories sur la plus-value<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>(+)&nbsp;: avec\nEngels<\/p>\n\n\n\n<p>Cette liste est\nloin d\u2019\u00eatre exhaustive. Dans les trois ouvrages marqu\u00e9s d\u2019un ast\u00e9risque, Marx\nse livre \u00e0 une esp\u00e8ce de journalisme historique ou de politologie. Ils sont\nmoins th\u00e9oriques et gr\u00e2ce \u00e0 cela plus l\u00e9gers et plus faciles \u00e0 lire. Ils\nconstituent une porte d\u2019entr\u00e9e commode \u00e0 la pens\u00e9e de Marx pour qui n\u2019est pas\ntrop ignorant de l\u2019histoire de la France.<\/p>\n\n\n\n<h3>1- La philosophie<\/h3>\n\n\n\n<p>Les <strong>forces\nproductives<\/strong> d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sont les facteurs et moyens naturels et\ntechniques dont elle dispose pour produire. Elles peuvent \u00eatre plus ou moins\nd\u00e9velopp\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Les<strong>\nrapports de production<\/strong> sont les formes d\u2019\u00e9change et de collaboration entre\nles producteurs, institutionnalis\u00e9es par une soci\u00e9t\u00e9. Le syst\u00e8me de propri\u00e9t\u00e9\ndes moyens de production en est l\u2019un des aspects principaux&nbsp;; en fonction\nde leur position dans ce syst\u00e8me, les individus ont une relation diff\u00e9rente au\ntravail et au produit du travail. Les rapports de production dessinent une\nstructure de classe.<\/p>\n\n\n\n<p>Un <strong>mode\nde production<\/strong> est un mod\u00e8le, un type particuliers de rapports de\nproduction.<\/p>\n\n\n\n<p>Les philosophes distinguent et opposent\nsouvent, f\u00fbt-ce implicitement, le monde de l\u2019id\u00e9e, de la pens\u00e9e et le monde\nconcret, sensible, mat\u00e9riel. Ces deux mondes sont chacun sujets \u00e0 une \u00e9volution\nhistorique. On peut supposer un lien entre elles, qui prendrait la forme d\u2019une\nd\u00e9termination. Mais dans quel sens irait celle-ci&nbsp;? Est <strong>id\u00e9aliste<\/strong> une philosophie qui fait\nd\u00e9river le concret de l\u2019id\u00e9el&nbsp;; est <strong>mat\u00e9rialiste<\/strong>\nla philosophie qui pense la d\u00e9termination en sens inverse. Comme chacun le\nsait, Marx est mat\u00e9rialiste. Mais le mat\u00e9rialisme de Marx se distingue de celui\nde ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Chez lui, le monde concret est essentiellement de nature sociale\net \u00e9conomique&nbsp;; chez lui, la \u00ab&nbsp;mati\u00e8re&nbsp;\u00bb, ce sont les <em>forces productives<\/em> et les <em>rapports de production<\/em>. D\u2019o\u00f9 la\nconception de la soci\u00e9t\u00e9 comme un \u00e9difice dont la sph\u00e8re socio\u00e9conomique est l\u2019<strong>infrastructure<\/strong> alors que la politique,\nle droit, la morale, la religion\u2026 constituent la <strong>superstructure<\/strong> d\u00e9termin\u00e9e par elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les <em>rapports\nde production<\/em> sont essentiellement des rapports de classe. La d\u00e9termination\nmat\u00e9rialiste de Marx aboutit alors \u00e0 son aphorisme bien connu&nbsp;: <em>dans toute soci\u00e9t\u00e9, les id\u00e9es dominantes\nsont les id\u00e9es de la classe dominante<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un apport positif de la philosophie\nmarxiste d\u2019ainsi mettre en \u00e9vidence l\u2019attitude inavou\u00e9e d\u2019institutions\nsuperstructurelles qui tentent d\u2019appara\u00eetre comme au-dessus de la m\u00eal\u00e9e alors\nqu\u2019elles sont contamin\u00e9es et perverties par la lutte des classes. La politique\nest ainsi d\u00e9mystifi\u00e9e. Mais Marx tombe dans l\u2019exc\u00e8s lorsqu\u2019il en d\u00e9duit\nqu\u2019elles sont simplement le reflet de ce qui se trame dans l\u2019infrastructure\nsocio\u00e9conomique. Il serait plus correct, selon moi, de reconna\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9conomie\net \u00e0 la pens\u00e9e une relative ind\u00e9pendance que vient battre en br\u00e8che\n-partiellement- un processus de corruption id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Venons \u00e0 la <strong>dialectique<\/strong>. Ce concept suppose qu\u2019un objet \u00e9volue en transcendant\nses contradictions. Marx a construit sa philosophie en se confrontant \u00e0 la\ndialectique id\u00e9aliste de Hegel,\nqui met en sc\u00e8ne un processus \u00e9volutif caract\u00e9ris\u00e9 par une succession de stades\no\u00f9 l\u2019id\u00e9e s\u2019incarne d\u2019une fa\u00e7on caract\u00e9ristique ; \u00e0 chaque stade, l\u2019id\u00e9e entre\nen contradiction avec son objet, ce qui la fait \u00e9voluer, d\u2019o\u00f9 le passage au\nstade suivant. Au cours de cette succession, la Raison, la Libert\u00e9, l\u2019Etat se\nr\u00e9alisent progressivement. Mais quelles contradictions meuvent la dialectique mat\u00e9rialiste de Marx&nbsp;? Elles sont\nde deux ordres&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<ul><li>d\u2019une part, la contradiction au\nsein des <em>rapports de production<\/em>&nbsp;:\nc\u2019est la lutte des classes&nbsp;; <\/li><li>d\u2019autre part, ce qu\u2019il appelle la <em>contradiction entre les forces productives\net les rapports de production<\/em>. Elle implique que tout <em>mode de production<\/em> apr\u00e8s une p\u00e9riode de croissance atteint un stade\no\u00f9 il devient un frein au d\u00e9veloppement des <em>forces\nproductives<\/em>, un principe qui me semble plausible pour certaines p\u00e9riodes de\nl\u2019histoire mais dont il para\u00eet difficile de d\u00e9montrer le caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral. <\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ces deux\ncontradictions constituent le moteur qui fait avancer l\u2019histoire par la\ntransition d\u2019un <em>mode de production<\/em> au\nsuivant. C\u2019est ainsi qu\u2019on est pass\u00e9 du communisme primitif \u00e0 l\u2019esclavage puis\nau servage f\u00e9odal, puis au capitalisme et c\u2019est ainsi qu\u2019on viendra au\nsocialisme. Comment s\u2019articulent les deux contradictions&nbsp;? Ici, Marx est\nsouvent confus, mais il semble accorder la primaut\u00e9 \u00e0 la contradiction entre\nles <em>forces productives<\/em> et les <em>rapports de production<\/em>&nbsp;; lorsqu\u2019elle\ns\u2019approfondit, le chaos \u00e9conomique intensifie les difficult\u00e9s et stimule la\nlutte des classes, \u00e0 laquelle il revient d\u2019abattre le mode de production\nsurann\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>De cette dialectique \u00e9merge une conception\nd\u00e9terministe de l\u2019histoire. Marx \u00e9crit \u00ab&nbsp;Le moulin \u00e0 bras vous donnera la\nsoci\u00e9t\u00e9 avec le suzerain ; le moulin \u00e0 vapeur, la soci\u00e9t\u00e9 avec le capitalisme\nindustriel&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u2019une des grandes faiblesses de sa philosophie, car\nl\u2019histoire r\u00e9elle est bien plus complexe et vari\u00e9e. Le parcours du communisme\nprimitif au capitalisme est loin d\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral et uniforme. On ne voit pas\nclairement en quoi c\u2019est le d\u00e9veloppement des forces productives au d\u00e9but du\nmoyen-\u00e2ge qui aurait fait passer les rapports de production de l\u2019esclavage au\nservage, m\u00eame si on admet, ce qui n\u2019est pas \u00e9vident, que l\u2019esclavage devenait\nun frein au d\u00e9veloppement des forces productives. Le servage n\u2019existait pas\nchez les Germains qui ont envahi l\u2019Empire romain finissant. Une pr\u00e9figuration\ndu servage, le <em>colonat<\/em>, s\u2019\u00e9tait\nimplant\u00e9 plus t\u00f4t au sein du monde romain d\u00e9cadent, concomitant \u00e0 une\nr\u00e9gression du commerce et de la monnaie. Le servage serait donc plut\u00f4t\nl\u2019expression d\u2019un d\u00e9clin \u00e9conomique. L\u2019esclavage a continu\u00e9 apr\u00e8s l\u2019antiquit\u00e9.\nIl \u00e9tait dominant dans le royaume Wisigoth d\u2019Espagne jusqu\u2019\u00e0 la conqu\u00eate arabe\net est revenu en force dans les colonies am\u00e9ricaines et aux Etats-Unis \u00e0 une\np\u00e9riode plus r\u00e9cente. Certains empires antiques avaient un mode de production\nplus proche du servage que de l\u2019esclavage. Comme Marx et Engels l\u2019ont reconnu, l\u2019histoire\nasiatique a vu appara\u00eetre d\u2019autres modes de production que l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Examinons le passage pr\u00e9vu du capitalisme au\nsocialisme. La contradiction fondamentale du capitalisme (du deuxi\u00e8me type)\noppose le caract\u00e8re priv\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 versus la socialisation tr\u00e8s pouss\u00e9es\ndes forces productives, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019interd\u00e9pendance des acteurs \u00e9conomiques\ng\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la division du travail, le cr\u00e9dit et la monnaie. Les crises de\nsurproduction, que Marx pr\u00e9voit de plus en plus profondes, en sont la\nmanifestation. La baisse tendancielle du taux de profit (cf. infra) doit\naggraver l\u2019in\u00e9vitable tendance \u00e0 l\u2019anarchie \u00e9conomique qui finira par miner la\ncroissance du revenu et incitera la masse ouvri\u00e8re \u00e0 instaurer le socialisme. Gr\u00e2ce\n\u00e0 la planification, le socialisme, d\u00e9barrass\u00e9 du d\u00e9sordre du march\u00e9, pourra\nparachever l\u2019\u0153uvre du capitalisme<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> et cr\u00e9er une \u00e9conomie\nd\u2019abondance. L\u2019erreur de Marx est double&nbsp;: il a sous-estim\u00e9 la capacit\u00e9 du\ncapitalisme \u00e0 g\u00e9rer ses probl\u00e8mes et surestim\u00e9 la capacit\u00e9 du socialisme \u00e0 s\u2019en\naffranchir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9terminisme de Marx est une t\u00e9l\u00e9ologie\noptimiste. La division de la soci\u00e9t\u00e9 en classes ali\u00e8ne l\u2019individu&nbsp;: elle\nrend ses produits et ses cr\u00e9ations plus puissantes que lui et dominatrices. Le\nprol\u00e9taire des temps modernes incarne cette <strong>ali\u00e9nation<\/strong> port\u00e9e \u00e0 son paroxysme. Sa r\u00e9volte aboutira non\nseulement \u00e0 sa lib\u00e9ration mais \u00e0 la r\u00e9demption de l\u2019humanit\u00e9, car c\u2019est la\ndivision de la soci\u00e9t\u00e9 en classes qu\u2019elle fera passer \u00e0 la trappe. Il s\u2019agit\nd\u2019une lib\u00e9ration totale en ce sens qu\u2019elle s\u2019\u00e9largit \u00e0 tous les domaines de la\nvie, au-del\u00e0 du travail. Les institutions de la superstructure, l\u2019Etat, la\nreligion\u2026 seront sujets \u00e0 l\u2019extinction de par la disparition de ce qui suscitait\nleur existence&nbsp;: l\u2019opposition entre les classes sociales<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Cette extinction est\nendog\u00e8ne en ce sens que ces institutions d\u00e9p\u00e9rissent de par leur propre\ndynamique, sans intervention volontariste, lorsque le carburant socio\u00e9conomique\nvient \u00e0 manquer. L\u2019id\u00e9e que l\u2019Etat soit amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9p\u00e9rir est na\u00efve. D\u2019une part,\nl\u2019Etat, une fois existant, ne demande qu\u2019\u00e0 perdurer. D\u2019autre part, les raisons\nde son existence ne peuvent \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 la seule opposition de\nclasse&nbsp;: parmi ces raisons, toutes ne rel\u00e8vent pas de la domination et de\nl\u2019oppression.<\/p>\n\n\n\n<p>Une partie de la r\u00e9putation de Marx lui vient\nde sa conception de l\u2019ath\u00e9isme et de la religion. Ne confondons pas ath\u00e9isme et\nmat\u00e9rialisme. L\u2019id\u00e9alisme peut \u00e9galement \u00eatre ath\u00e9e. Marx consid\u00e8re que la\nreligion est l\u2019opium du peuple parce qu\u2019elle rend celui-ci soumis et enclin \u00e0\naccepter des conditions de vie rendues indignes par l\u2019exploitation du travail,\nattendant son salut dans le monde d\u2019apr\u00e8s. D\u2019o\u00f9 la place de la religion dans la\nsuperstructure id\u00e9ologique. C\u2019est ce que Marx appelle l\u2019ali\u00e9nation religieuse.\nJe me permets ici une remarque personnelle \u00e0 laquelle Marx n\u2019a pas pens\u00e9 et \u00e0\nlaquelle il ne souscrirait probablement pas. Il n\u2019y a pas de lien entre\nl\u2019ali\u00e9nation religieuse et la grande question de l\u2019existence de Dieu. Une\nreligion peut avoir un effet ali\u00e9nant, m\u00eame au cas o\u00f9 son Dieu existerait. Et\nle cas inverse est \u00e9galement concevable&nbsp;: une religion qui ne serait pas\nali\u00e9nante, m\u00eame au cas o\u00f9 son Dieu n\u2019existerait pas. C\u2019est l\u2019attitude du clerg\u00e9\nqui est d\u00e9terminante, plus pr\u00e9cis\u00e9ment la conception qui est la sienne quant \u00e0\nla justice qui doit r\u00e9gner ici-bas. Une religion qui jugerait l\u2019injustice\nimmorale ne pourrait pas \u00eatre ali\u00e9nante.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Les \u0153uvres de jeunesse sont principalement\nphilosophiques, mais on comprend que sa philosophie ait pouss\u00e9 Marx \u00e0\ns\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019\u00e9conomie politique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Le d\u00e9terminisme marxiste attribue au capitalisme le r\u00f4le fondamental\nde d\u00e9velopper les forces productives par l\u2019industrialisation, de rendre\npossible l\u2019av\u00e8nement du socialisme.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Certains commentateurs ont \u00e9tabli un parall\u00e8le entre la passion et le\nr\u00f4le r\u00e9dempteur du Christ dans la religion chr\u00e9tienne et la place que Marx\nattribue au prol\u00e9tariat.<\/p>\n\n\n\n<h3>2- L\u2019\u00e9conomie<\/h3>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs livres de Marx sont consacr\u00e9s \u00e0\nl\u2019\u00e9conomie politique, mais \u00ab&nbsp;Le Capital&nbsp;\u00bb, deux mille pages de texte,\nrassemble \u00e0 lui seul l\u2019ensemble de la th\u00e9orie. Marx l\u2019a r\u00e9dig\u00e9 pendant toute la\nd\u00e9cennie 1861-1870 ainsi qu\u2019en 1877 et 1878, apr\u00e8s une interruption due \u00e0 son\n\u00e9tat de sant\u00e9. Le premier livre est paru en 1867 ; les deux suivants,\ninachev\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s \u00e0 titre posthume respectivement en 1885 et 1894 par\nson ami Fr\u00e9d\u00e9ric Engels. Le lecteur rebut\u00e9 par le caract\u00e8re plus technique de\nla pr\u00e9sente section est invit\u00e9 \u00e0 passer \u00e0 la suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans beaucoup de trait\u00e9s d\u2019\u00e9conomie,\nles premiers chapitres sont consacr\u00e9s \u00e0 la <em>th\u00e9orie\nde la valeur<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019examen des facteurs qui d\u00e9terminent la <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em> des marchandises. A\nl\u2019\u00e9poque de Marx, la discipline \u00e9conomique \u00e9tait encore domin\u00e9e par l\u2019\u00e9cole <strong>classique<\/strong> de Smith, Ricardo, Mill et\nleurs disciples. C\u2019est en son sein que na\u00eet la fameuse th\u00e9orie de la <em>valeur-travail<\/em>, selon laquelle la\nquantit\u00e9 du bien <em>A<\/em> qu\u2019il faut offrir\npour obtenir le bien <em>B<\/em> est \u00e9gale au\nrapport du temps de travail n\u00e9cessaire pour produire <em>B<\/em> dans des conditions standard (y compris le temps pour produire\nles outils et biens de production, au prorata de leur utilisation) sur le temps\nn\u00e9cessaire pour produire <em>A<\/em>. Nous\nverrons plus loin qu\u2019il n\u2019est pas tout \u00e0 fait exact que telle \u00e9tait\nl\u2019explication de la valeur selon les classiques, mais Marx leur pr\u00eate cette\nconception et la d\u00e9fend, consid\u00e9rant que le fait d\u2019\u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019un\ntravail est le seul commun d\u00e9nominateur de toutes les marchandises.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 la monnaie en tant que\nmoyen de circulation des marchandises, Marx s\u2019attache \u00e0 \u00ab&nbsp;la\ntransformation de l\u2019argent en capital&nbsp;\u00bb. Historiquement, le capital fut\nd\u2019abord investi dans le commerce. C\u2019est le cycle A-M-A\u2026 L\u2019argent ach\u00e8te des\nmarchandises pour ensuite redevenir de l\u2019argent. Mais le capital vise\nl\u2019obtention d\u2019une plus-value. Dans le commerce, il ne peut l\u2019obtenir ici qu\u2019en\nachetant en dessous de la valeur ou en vendant au-dessus, un moyen qui est\nr\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une forme non achev\u00e9e du capital. Puis est arriv\u00e9 le capital\nindustriel. A lui s\u2019offre un moyen syst\u00e9matique de tirer de la plus-value. Il\nse fait qu\u2019il existe une marchandise qui a la propri\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re de pouvoir\ncr\u00e9er plus de valeur qu\u2019elle n\u2019en a elle-m\u00eame&nbsp;: la <em>force de travail<\/em>. La valeur de la force de travail se mesure comme\ncelle des autres marchandises par le temps de travail n\u00e9cessaire pour la\nproduire, c\u2019est-\u00e0-dire pour produire les biens de consommation servant \u00e0\nl\u2019entretien de la classe ouvri\u00e8re. Mais le capitaliste devient propri\u00e9taire de\nla totalit\u00e9 de la valeur produite par le travail. Si donc il peut faire\ntravailler le salari\u00e9 plus d\u2019heures qu\u2019il n\u2019en faut pour produire sa\nsubsistance (le salaire), il obtient une plus-value. Marx l\u2019assimile \u00e0 du travail non pay\u00e9, puisque selon la loi de la\nvaleur-travail, seul le travail cr\u00e9e de la valeur. Certes, la valeur des moyens\nde production mat\u00e9riels se communique aussi au produit, mais sans\naccroissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx appelle <em>travail n\u00e9cessaire<\/em> celui qui reproduit\nla valeur de la force de travail et <em>surtravail<\/em>\ncelui qui g\u00e9n\u00e8re la plus-value capt\u00e9e par le capitaliste. L\u2019exploitation du\ntravail par le capital, c\u2019est l\u2019extraction du surtravail. La distinction entre\nle travail n\u00e9cessaire et le surtravail est purement conceptuelle&nbsp;; dans la\npratique, les deux se confondent. Un exemple num\u00e9rique facilitera la\ncompr\u00e9hension. Supposons qu\u2019une heure de travail produise 1 unit\u00e9 de valeur.\nLes moyens mat\u00e9riels consomm\u00e9s dans la production ont n\u00e9cessit\u00e9 1000 heures de\ntravail dans une phase ant\u00e9rieure. La production pr\u00e9sente absorbe 700 heures de\ntravail \u00ab&nbsp;vivant&nbsp;\u00bb, dont l\u2019entretien (et donc le salaire) co\u00fbte 400\nheures. La valeur produite pourra \u00eatre d\u00e9compos\u00e9e comme suit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><a>1000 (c) + 400 (v) + 300 (pl) = 1700 (val)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; .<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Marx appelle <em>capital constant<\/em>\n(not\u00e9 <em>c<\/em>) la partie du capital servant\n\u00e0 acheter les moyens de production et <em>capital\nvariable<\/em> (not\u00e9 <em>v<\/em>) la partie du\ncapital qui avance le salaire. Cette appellation refl\u00e8te le fait qu\u2019\u00e0 la fin du\nprocessus de production, <em>v<\/em> devient\nv+pl o\u00f9 <em>pl<\/em> est la plus-value. Si <em>c<\/em> passait de 1000 \u00e0 1100, la valeur du\nproduit monterait \u00e0 1800. Si <em>v<\/em>\npassait \u00e0 500 par suite d\u2019une hausse du salaire horaire, la valeur du produit\nresterait de 1700, mais la plus-value serait r\u00e9duite \u00e0 200.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx mesure l\u2019exploitation par le <em>taux\nde plus-value<\/em> <em>pl\u2019<\/em>&nbsp;=&nbsp;<em>pl<\/em>\/v, soit 75% dans notre exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Il distingue deux\nmani\u00e8res de l\u2019accro\u00eetre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>l\u2019allongement la dur\u00e9e du travail\n\u00e0 salaire \u00e9gal <\/li><li>l\u2019accroissement de la productivit\u00e9\ndans les branches produisant les biens de consommation ouvri\u00e8re, de fa\u00e7on \u00e0\nr\u00e9duire <em>v<\/em>. C\u2019est \u00e9videmment cette\nderni\u00e8re m\u00e9thode qui est la plus importante historiquement. <\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Dans le livre III, autrement dit bien plus\nloin dans son ouvrage, Marx expose ce qu\u2019il appelle \u00ab&nbsp;la transformation de\nla plus-value en profit&nbsp;\u00bb. Un des th\u00e9or\u00e8mes centraux de l\u2019\u00e9conomie\npolitique, d\u00e9j\u00e0 connu des classiques et toujours actuel, affirme que le taux de\nprofit tend \u00e0 s\u2019\u00e9galiser entre les divers secteurs \u00e9conomiques par l\u2019action de\nla concurrence, pour autant qu\u2019aucun obstacle n\u2019entrave la mobilit\u00e9 des\ncapitaux entre les secteurs. Marx int\u00e8gre ce th\u00e9or\u00e8me dans sa th\u00e9orie. L\u2019effet\nest important&nbsp;: les biens ne peuvent pas \u00eatre vendus \u00e0 leur valeur. Marx\nappelle \u00ab&nbsp;prix de production&nbsp;\u00bb le prix qui rapporte au capital le\ntaux de profit moyen. La plus-value se trouve \u00eatre redistribu\u00e9e entre les\nsecteurs. Ci-dessous un exemple avec trois produits A, B et C, avec un taux de\nplus-value de 100% alors que le taux de profit moyen est 20%. Le formule du taux\nde profit est p\u2019&nbsp;=&nbsp;pl\/(c+v).<\/p>\n\n\n\n<p><a>A : 80(c)+ 20(v)+ 20(pl) = val 120 -&gt;<\/a>&nbsp;80(c)+ 20(v) + 20(p) = prix 120<\/p>\n\n\n\n<p><a>B : 90(c)+ 10(v)+ 10(pl) = val 110 -&gt;<\/a>&nbsp;90(c)+ 10(v) + 20(p) = prix 120 <\/p>\n\n\n\n<p><a>C : 70(c)+ 30(v)+ 30(pl) = val 130 -&gt;<\/a>&nbsp;70(c)+ 30(v) + 20(p) = prix 120<\/p>\n\n\n\n<p>A gauche de la fl\u00e8che, la valeur et la\nplus-value&nbsp;; \u00e0 droite, le prix de production et le profit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur\nattentif aura senti que quelque chose cloche dans la th\u00e9orie marxiste de\nl\u2019exploitation. Je r\u00e9serve sa critique \u00e0 une section ult\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>*<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la th\u00e9orie\nde la plus-value, qui rendit Marx c\u00e9l\u00e8bre, nous pouvons aborder son analyse du capital, trop largement\nm\u00e9connue malgr\u00e9 quelques id\u00e9es inspirantes. Son analyse de la <em>circulation du capital<\/em> est\nimportante&nbsp;: le capital a un cycle de vie dans l\u2019exploitation de\nl\u2019entreprise qui le fait passer par une succession de stades, qui se renouvelle\nsans cesse&nbsp;: argent-inputs de la production-production-produit fini-argent.\nOn en arrive ainsi \u00e0 consid\u00e9rer la production sous l\u2019aspect temporel et \u00e0\nd\u00e9finir la <em>p\u00e9riode de production<\/em>\ncomme la dur\u00e9e de ce cycle. Marx embraye avec la <em>vitesse de rotation du capital<\/em> (nombre de cycles du capital ou d\u2019un\nde ses \u00e9l\u00e9ments par ann\u00e9e), un concept parfois utilis\u00e9 en gestion d\u2019entreprise,\nmais \u00e0 mon avis trop largement ignor\u00e9 en \u00e9conomie politique. Par certains\naspects, il anticipe des id\u00e9es de la th\u00e9orie autrichienne du capital, mais\ncelle-ci abandonnera l\u2019aspect cyclique pour une vision lin\u00e9aire moins f\u00e9conde.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx a analys\u00e9 l\u2019<em>accumulation du capital<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire\nson extension par le r\u00e9investissement d\u2019une partie de la plus-value. Il s\u2019est\ntrouv\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019expliquer l\u2019<em>accumulation\nprimitive<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la formation initiale de capital qui ne pouvait\nprovenir de la plus-value, Ceci l\u2019am\u00e8ne \u00e0 se plonger dans l\u2019histoire du XIV\u00e8me\nau XVIII\u00e8me si\u00e8cles&nbsp;; il montre comment la politique a d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 et\nprol\u00e9taris\u00e9 les petits paysans ind\u00e9pendants. Certains commentateurs ont\nmalicieusement observ\u00e9 que donc l\u2019\u00e9conomie n\u2019expliquait pas tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme tant\nd\u2019\u00e9conomistes avant et apr\u00e8s lui, Marx s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 capitalistique de la production, en\nl\u2019occurrence l\u2019importance quantitative du facteur capital par rapport au\nfacteur travail&nbsp;; Il \u00e9value ce rapport de deux fa\u00e7ons&nbsp;: la&nbsp;<em>composition technique du capital<\/em> et <em>sa composition organique<\/em>. La premi\u00e8re,\ndifficile \u00e0 mesurer, rapporte la masse des moyens de production au nombre\nd\u2019ouvriers. La composition organique du capital est le m\u00eame rapport, mais\nexprim\u00e9 en valeur, donn\u00e9 par la formule c\/v. L\u2019accumulation du capital fait\n\u00e9videmment augmenter la composition technique du capital dans le temps. Marx a\nconsid\u00e9r\u00e9 que la composition organique du capital connaissait \u00e9galement cette\ntendance historique \u00e0 l\u2019accroissement, bien que moins rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette hausse de\nla composition organique du capital l\u2019a amen\u00e9 \u00e0 proph\u00e9tiser la baisse\ntendancielle du taux de profit. Comme le montre la formule de <em>p\u2019<\/em> ci-dessus, cette conclusion est\nmath\u00e9matiquement imparable. Consid\u00e9rons que (c+v) \u00e9gale le capital total\ninvesti<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. et supposons que le taux de plus-value p\/v\nreste constant. Alors<em> p\u2019<\/em> ne peut que\nbaisser lorsque c\/v augmente. Dans la th\u00e9orie marxiste, cette baisse\ntendancielle du taux de profit a des implications politiques, car elle est\ncens\u00e9e accentuer les contradictions du capitalisme qui doivent finalement mener\n\u00e0 sa chute.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la logique\nde ce raisonnement, les \u00e9tudes empiriques ne confirment pas la baisse du taux\nde profit. La cause principale me semble celle-ci&nbsp;: le progr\u00e8s technique\ndans l\u2019industrie des biens de production m\u00e8ne \u00e0 la baisse du prix des biens\nconstituant <em>c<\/em>. L\u2019accroissement du\ncapital physique par travailleur n\u2019induit donc pas n\u00e9cessairement une hausse de\nla composition organique du capital&nbsp;; or celle-ci est la cause de la chute\ntendancielle du taux de profit.<\/p>\n\n\n\n<p>Remarquons que\nSmith, Ricardo, Malthus, Marx et Wicksell ont tous proph\u00e9tis\u00e9 la chute\ntendancielle du taux de profit, mais invoquant chacun d\u2019autres causes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier\nconcept auquel Marx s\u2019attache tout au d\u00e9but du <em>Capital<\/em> est la <em>marchandise<\/em>.\nIl y d\u00e9nonce le \u00ab&nbsp;f\u00e9tichisme&nbsp;de la marchandise&nbsp;\u00bb. Lorsqu\u2019il est\nmarchandise, le produit domine le producteur. Les relations entre les hommes\ndeviennent soumises aux relations entre les choses, la marchandise et l\u2019argent.\nCeci adult\u00e8re la nature essentiellement sociale de l\u2019homme, qui se voit d\u00e9doubl\u00e9\nen un producteur d\u00e9socialis\u00e9 et un \u00e9changiste socialis\u00e9 par le r\u00e8gne des\nobjets. C\u2019est ce raisonnement plus philosophique qu\u2019\u00e9conomique qui est \u00e0\nl\u2019origine de l\u2019hostilit\u00e9 de Marx au march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3>3- La politique<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif ultime\nde Marx est le <strong>communisme<\/strong>. Une\nsoci\u00e9t\u00e9 d\u2019abondance o\u00f9 les hommes sont d\u00e9livr\u00e9s de la n\u00e9cessit\u00e9 et travaillent\npar go\u00fbt, une soci\u00e9t\u00e9 sans classes, sans march\u00e9, sans salariat, sans argent,\nsans propri\u00e9t\u00e9, sans Etat. On ne peut pas imaginer plus grande utopie.\nL\u2019abondance est impossible, car au fur et \u00e0 mesure que l\u2019\u00e9conomie produit plus,\nles besoins augmentent parall\u00e8lement. Sans compter tous les probl\u00e8mes \u00e9cologiques\nque Marx n\u2019avait pas pr\u00e9vus.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant le\ncommunisme, il y a le <strong>socialisme<\/strong>,\nqu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 plus raisonnable de ne pas consid\u00e9rer comme un stade de\ntransition. Les deux fondements sont la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de\nproduction et la planification de l\u2019\u00e9conomie. Des stigmates de l\u2019\u00e9conomie de\nmarch\u00e9 survivent. La division de la soci\u00e9t\u00e9 en classes est cens\u00e9e s\u2019effacer\nprogressivement. Tr\u00e8s paradoxalement, Marx a peu \u00e9crit sur le socialisme. Ses\nouvrages \u00e9conomiques et politiques traitent en d\u00e9tail du capitalisme&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-capitalisme\nreste entour\u00e9 d\u2019un \u00e9pais brouillard. Beaucoup de socialistes au d\u00e9but du XX\u00e8me\nsi\u00e8cle pr\u00e9sumaient qu\u2019il n\u2019y aurait aucune difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir un plan de\nproduction et de circulation des produits et facteurs sur base de quantit\u00e9s\nphysiques. <em>La controverse sur le calcul\nsocialiste<\/em> prouva qu\u2019il n\u2019y a pas de rationalit\u00e9 \u00e9conomique sans l\u2019usage de\nvaleurs&nbsp;; mais comment les fixer&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9c\u00e9dant le\nsocialisme, il y a la <strong>dictature du\nprol\u00e9tariat<\/strong>. Marx est rest\u00e9 tout aussi \u00e9vasif \u00e0 propos de cette phase que\nde la suivante, le socialisme. On sait qu\u2019il s\u2019agit de la phase, forc\u00e9ment\nassez courte, pendant laquelle les moyens de production sont transf\u00e9r\u00e9s de la\npropri\u00e9t\u00e9 capitaliste vers la propri\u00e9t\u00e9 collective. Comme il s\u2019agit d\u2019un sujet\ntr\u00e8s controvers\u00e9, je lui consacre une section ult\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment passer \u00e0\nces phases quand r\u00e8gne le capitalisme&nbsp;? Il faut une r\u00e9volution. Mais pas\nn\u2019importe quelle r\u00e9volution. Marx, au cours de sa vie a assist\u00e9 \u00e0 plusieurs\nr\u00e9volutions qui n\u2019ont pas lib\u00e9r\u00e9 le prol\u00e9tariat. Il en conclut qu\u2019une\nr\u00e9volution politique ne suffit pas&nbsp;; il faut une r\u00e9volution \u00e0 la fois\npolitique et sociale. Marx ne croit pas que les Etats bourgeois puissent \u00eatre\ndomestiqu\u00e9s pour faire pr\u00e9valoir les int\u00e9r\u00eats du prol\u00e9tariat. Il ne faut pas \u00ab&nbsp;prendre&nbsp;\u00bb\nl\u2019Etat existant, mais \u00e9difier un Etat prol\u00e9tarien sur ses cendres.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui va faire\ncette r\u00e9volution et comment la pr\u00e9parer&nbsp;? Marx pr\u00e9cise que l\u2019insistance\nsur la lutte des classes n\u2019est pas une id\u00e9e sp\u00e9cifiquement \u00e0 lui. Comme il le\nremarque, il suffit de lire les ouvrages que les historiens bourgeois\nconsacrent aux \u00e9poques ant\u00e9rieures pour constater qu\u2019elle est omnipr\u00e9sente. Sa\ncontribution \u00e0 lui, c\u2019est que cette lutte doit viser la r\u00e9volution sociale et\nque la force motrice en est le prol\u00e9tariat. Ce \u00ab&nbsp;r\u00f4le dirigeant du\nprol\u00e9tariat&nbsp;\u00bb est l\u2019une des grandes faiblesses de sa th\u00e9orie. Les petits\nartisans et les petits paysans ind\u00e9pendants repr\u00e9sentaient une part importante\nde la population. Coinc\u00e9s entre le grand capital et le prol\u00e9tariat, ils peuvent\nfaire pencher la balance selon le camp avec lequel ils s\u2019allient. Marx d\u00e9plore\nla facilit\u00e9 avec laquelle, contre leur int\u00e9r\u00eat v\u00e9ritable, la grande bourgeoisie\npeut les retourner en sa faveur au moment critique, gagnant ainsi la bataille,\npuis \u00e9crasant ses ex-alli\u00e9s sous l\u2019endettement et l\u2019hypoth\u00e8que\u2026 ce qui les\npousse \u00e0 nouveau vers le prol\u00e9tariat jusqu\u2019au prochain retournement. La grande\nbourgeoisie joue sur leur attachement \u00e0 la petite propri\u00e9t\u00e9 pour d\u00e9fendre sa\ngrande propri\u00e9t\u00e9. Mais \u00e0 trop insister sur le r\u00f4le dominant du prol\u00e9tariat,\nMarx ne les attire certainement pas dans son camp. Comme dit le proverbe, on\nn\u2019attrape pas de mouches avec du vinaigre. Et puis, que deviendront-ils dans la\n\u00ab&nbsp;soci\u00e9t\u00e9 sans classes&nbsp;\u00bb&nbsp;? Quelle est la justification d\u2019effacer\ndes classes qui, selon la th\u00e9orie marxiste elle-m\u00eame, n\u2019exploitent pas le\nprol\u00e9tariat&nbsp;? Pourquoi exclure une pluralit\u00e9 de statuts au sein d\u2019une\nsoci\u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;apais\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Marx pr\u00e9voyait\nque le prol\u00e9tariat industriel, en croissance \u00e0 son \u00e9poque, deviendrait\nultra-majoritaire. Certes, la concurrence capitaliste a rabot\u00e9 les classes ind\u00e9pendantes,\nmais il existe probablement un seuil irr\u00e9ductible qui a \u00e9t\u00e9 atteint depuis lors.\nEt en outre, en se d\u00e9veloppant, la classe salari\u00e9e s\u2019est fractionn\u00e9e. Les\nsituations, mentalit\u00e9s et aspirations des diff\u00e9rents secteurs ne concordent pas\nn\u00e9cessairement. Les rassembler toutes dans un m\u00eame allant r\u00e9volutionnaire\nsemble impossible. La conscience de classe ne peut plus suffire pour mobiliser\nl\u2019ensemble des salari\u00e9s contre le syst\u00e8me. Je pense que des valeurs partag\u00e9es\n(par exemple une plus grande \u00e9galit\u00e9) doivent prendre le relai de la conscience\nde classe sur laquelle Marx comptait. Tout est devenu plus compliqu\u00e9 que ce qu\u2019il\navait anticip\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand doit\nsurvenir la r\u00e9volution sociale&nbsp;? Lorsque la situation sera m\u00fbre. Marx\nanalyse les r\u00e9volutions de f\u00e9vrier 1848 et juin 1848 en France. La premi\u00e8re,\nque Marx qualifie de bourgeoise, fut, comme il le pr\u00e9cise, victorieuse gr\u00e2ce\naux ouvriers. La deuxi\u00e8me, sociale et prol\u00e9tarienne, fut \u00e9cras\u00e9e brutalement.\nDiagnostic&nbsp;: la situation n\u2019\u00e9tait pas m\u00fbre. Ce qui manquait&nbsp;:\nl\u2019industrie fran\u00e7aise \u00e9tait insuffisamment d\u00e9velopp\u00e9e, comme l\u2019indique son\nretard sur l\u2019Angleterre. Cons\u00e9quences&nbsp;: d\u2019une part, il restait trop de\npetits producteurs ind\u00e9pendants qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9s par la grande\nbourgeoisie ou le prol\u00e9tariat. D\u2019autre part, le prol\u00e9tariat \u00e9tait encore na\u00eff.\nIl fallait pr\u00e9alablement que la bourgeoisie s\u2019unifie et se renforce, afin que\nle prol\u00e9tariat puisse faire ses dents contre une bourgeoisie moderne. En 1848,\nle prol\u00e9tariat fran\u00e7ais \u00e9tait capable de r\u00e9ussir une r\u00e9volution avec la\nbourgeoisie, mais pas encore contre elle. Cette analyse des rapports de force\nn\u2019est peut-\u00eatre pas d\u00e9nu\u00e9e de clairvoyance, mais la conception g\u00e9n\u00e9rale\npr\u00e9sente un caract\u00e8re trop m\u00e9canique. Ne voyant dans la pens\u00e9e que le reflet\ndes positions socio\u00e9conomiques, Marx s\u2019interdit de trouver en elle le ressort\nqui peut faire avancer la soci\u00e9t\u00e9. Il oppose \u00ab&nbsp;socialisme\ndoctrinaire&nbsp;\u00bb, qualifi\u00e9 de \u00ab&nbsp;sentimentaliste&nbsp;\u00bb, contre\n\u00ab&nbsp;socialisme r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb. Il juge le premier utopiste. Ne\nserait-ce pas plut\u00f4t le cas du second&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2>La plus-value et l\u2019exploitation du travail<\/h2>\n\n\n\n<p>La \u00ab&nbsp;th\u00e9orie\nde la transformation de la plus-value en profit&nbsp;\u00bb a fait couler beaucoup\nd\u2019encre chez les \u00e9conomistes. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour rappel, d\u00e8s\nle premier tiers du premier livre du Capital, Marx introduit son lecteur \u00e0 la\nth\u00e9orie de la plus-value et \u00e0 son importance en tant que base de l\u2019exploitation\ndu travail par le capital.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx a voulu\nconstruire sa th\u00e9orie de l\u2019exploitation, non sur des sentiments mais sur la\nscience, qui lui semblait une base plus solide. La<em> th\u00e9orie de la valeur-travail<\/em> joue un r\u00f4le fondamental dans cette\nconstruction. La loi de la valeur-travail fait implicitement du salari\u00e9 le seul\ncr\u00e9ateur de <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em>. Le travail\net le capital contribuent \u00e0 produire de la <em>valeur\nd\u2019usage<\/em>. Mais la substance du profit, c\u2019est la <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em>, non la <em>valeur\nd\u2019usage<\/em>&nbsp;: le travail en est la source unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx se repose\nsur les \u00e9conomistes classiques, mais la perception qu\u2019il a de leur th\u00e9orie\nn\u2019est pas parfaitement fid\u00e8le en ce sens qu\u2019il est s\u00e9lectif dans les \u00e9l\u00e9ments\nqu\u2019il puise. Sa perception des classiques trahit d\u00e9j\u00e0 ses propres vis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adam Smith<\/strong> op\u00e9rait une\ndistinction alambiqu\u00e9e entre la mesure\nde la valeur et sa d\u00e9termination.\nLe temps de travail est effectivement la base de sa mesure. La d\u00e9termination\nest plus complexe. Dans une soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9industrielle,\ns\u2019il faut deux fois plus de temps pour chasser un castor qu\u2019un daim, un castor\ns\u2019\u00e9changera contre deux daims. Dans une soci\u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e,\nla valeur d\u2019\u00e9change se d\u00e9termine en additionnant la part du propri\u00e9taire\nfoncier (la rente), la part du capitaliste (le profit) et la part du\ntravailleur (le salaire), chacun de ces trois \u00e9l\u00e9ments \u00e9tant pris \u00e0 sa valeur naturelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ricardo<\/strong> distingue \u00e9galement deux\nstades&nbsp;: dans le premier, plus primitif, le capital est accessoire&nbsp;:\nla valeur d\u2019\u00e9change cr\u00e9\u00e9e dans la production est fonction du temps de travail.\nLes outils interviennent comme \u00ab&nbsp;travail mort&nbsp;\u00bb dont la valeur\npr\u00e9existante s\u2019additionne avec celle nouvellement produite par le travail\nvivant, exactement comme chez Marx. Mais dans une soci\u00e9t\u00e9 plus avanc\u00e9e, le\ncapital intervient en sous-main dans la cr\u00e9ation de valeur&nbsp;: il faut\nmultiplier le temps de travail par un coefficient qui augmente avec le taux\nd\u2019int\u00e9r\u00eat et la dur\u00e9e de la <em>p\u00e9riode de\nproduction<\/em>. Pour Ricardo, c\u2019est le co\u00fbt\nde production qui d\u00e9termine la valeur&nbsp;; mais il consid\u00e8re le temps\nde travail comme une bonne approximation.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons au <em>Capital<\/em> de Marx. Sur plus de mille\npages, Marx analyse l\u2019\u00e9conomie avec ces concepts de valeur-travail et de\nplus-value. Et au livre III, tout change brusquement. On apprend que la valeur\nd\u2019\u00e9change n\u2019est pas le prix. Le \u00ab&nbsp;<em>prix\nde production<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e9gale le co\u00fbt en mat\u00e9riel et en travail auquel il faut\najouter une marge b\u00e9n\u00e9ficiaire qui permet \u00e0 l\u2019entrepreneur de gagner le taux de\nprofit moyen sur le capital qu\u2019il a avanc\u00e9. C\u2019est une conception du prix qui\nest actuellement d\u00e9fendue avec des nuances par l\u2019\u00e9cole n\u00e9o-ricardienne et \u00e0\nlaquelle personnellement j\u2019adh\u00e8re. Mais alors, \u00e0 quoi servaient tous les\nd\u00e9veloppements qui pr\u00e9c\u00e8dent&nbsp;? Reprenons le tableau de la section 2\nci-dessus avec les trois secteurs. On aurait pu partir directement des\nexpressions \u00e0 droite des fl\u00e8ches et ignorer celles de gauche. Sauf que Marx\ndevait prouver que seul le travail cr\u00e9e de la valeur. La th\u00e9orie de la\nplus-value affirme que seul le travail cr\u00e9e la plus-value et la th\u00e9orie de la <em>p\u00e9r\u00e9quation du taux de profit<\/em> expos\u00e9e au\nlivre III indique que cette plus-value est simplement redistribu\u00e9e entre les secteurs en fonction des capitaux\ninvestis. Il n\u2019emp\u00eache&nbsp;: le concept de <em>valeur\nd\u2019\u00e9change<\/em> n\u2019a pas de sens si la <em>valeur\nd\u2019\u00e9change<\/em> n\u2019est pas le prix ou\nplus pr\u00e9cis\u00e9ment le <em>prix normal<\/em>\nautour duquel gravite le <em>prix du march\u00e9<\/em>.\nEt sans ce d\u00e9tour par un concept fant\u00f4me, le capital et le travail cr\u00e9ent\nensemble le profit.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie\nmarxiste de l\u2019exploitation est un \u00e9chec. Cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y a pas\nd\u2019exploitation. Mais le raisonnement \u00e9chafaud\u00e9 par Marx pour la prouver a\n\u00e9chou\u00e9. Cela dit, \u00e0 mon avis, le concept d\u2019exploitation n\u2019est pas le meilleur\npour mettre en \u00e9vidence l\u2019injustice du capitalisme. La soci\u00e9t\u00e9 est complexe et\ncomporte de multiples statuts et sous-groupes socio-professionnels. Dans cet\nenchev\u00eatrement, expliquer qui exploite qui, au moyen d\u2019un unique crit\u00e8re,\npara\u00eet extr\u00eamement complexe. Le probl\u00e8me social fondamental, n\u2019est-il pas\nplut\u00f4t l\u2019exc\u00e8s d\u2019in\u00e9galit\u00e9 et le c\u00f4t\u00e9 partiellement arbitraire de celle-ci&nbsp;?\nLa science \u00e9conomique traite couramment de ce qu\u2019elle appelle la \u00ab&nbsp;r\u00e9mun\u00e9ration\ndes facteurs de production&nbsp;\u00bb, le travail et le capital. Mais, comme le\nrappelle le grand \u00e9conomiste n\u00e9oclassique Frank Knight, on ne r\u00e9mun\u00e8re pas les\nfacteurs de production, mais leurs propri\u00e9taires. A priori, rien n\u2019exclut que\nle propri\u00e9taire d\u2019un facteur productif soit un parasite.<\/p>\n\n\n\n<h2>Marx, \u00e9tait-il un d\u00e9mocrate?<\/h2>\n\n\n\n<p>R\u00e9pondre par <em>oui<\/em> ou <em>non<\/em> reviendrait \u00e0 faire mousser un bain d\u2019anachronisme. L\u2019\u00e9poque de\nMarx ne comptait pas de d\u00e9mocraties v\u00e9ritables et nous ne saurons jamais quelle\ne\u00fbt \u00e9t\u00e9 son attitude s\u2019il avait exerc\u00e9 son activit\u00e9 politique dans une soci\u00e9t\u00e9\ncomme la n\u00f4tre. Sans pr\u00e9tendre r\u00e9pondre \u00e0 la question, je me livrerai \u00e0\nquelques r\u00e9flexions \u00e0 propos de la <em>dictature\ndu prol\u00e9tariat<\/em> et au sujet des droits de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<h3>La dictature du prol\u00e9tariat<\/h3>\n\n\n\n<p>Nous avons vu plus haut ce qu\u2019<strong>est<\/strong> la dictature du prol\u00e9tariat, quelle est sa d\u00e9finition. Une question l\u00e9gitime et pressante est maintenant le <strong>comment <\/strong>de la dictature du prol\u00e9tariat. Comment Marx la concevait-il <strong>intrins\u00e8quement\u00a0<\/strong>? Selon quelles modalit\u00e9s le pouvoir y est-il exerc\u00e9\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je connais\nde l\u2019\u0153uvre de Marx ne m\u2019a pas apport\u00e9 la r\u00e9ponse \u00e0 cette question. Tentons\ntoutefois de d\u00e9blayer le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 toute\nexpectation, l\u2019expression \u00ab&nbsp;dictature du prol\u00e9tariat&nbsp;\u00bb est tr\u00e8s peu\npr\u00e9sente dans l\u2019\u0153uvre de Marx, m\u00eame si on inclut des variantes comme\n\u00ab&nbsp;dictature de la classe ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;dictature\nr\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 la fonction <em>CTRL<\/em>\nF du PDF, il est facile de les compter. Elle n\u2019appara\u00eet pas du tout dans <em>L\u2019id\u00e9ologie allemande<\/em>, <em>Le manifeste du parti communiste<\/em>,<em> La mis\u00e8re de la philosophie<\/em>, <em>Le 18 Brumaire<\/em>, <em>La guerre civile en France, Le capital<\/em>, ainsi que la presque\ntotalit\u00e9 de ses livres. Qu\u2019elle n\u2019apparaisse pas dans <em>La guerre civile<\/em> est le plus \u00e9tonnant puisque ce texte traite de la\n<em>Commune de Paris<\/em> (1871) et que\ncertains commentateurs pr\u00e9tendent qu\u2019elle \u00e9tait un exemple de la dictature du\nprol\u00e9tariat dans l\u2019esprit de Marx. Je ne suis pas suffisamment inform\u00e9 pour\nsavoir si c\u2019est le cas mais c\u2019est parfaitement plausible et l\u2019empathie de Marx\npour la <em>Commune de Paris<\/em> est \u00e9vident.\nJe ne referai pas ici le r\u00e9cit de cet \u00e9v\u00e9nement historique. Il fut tragique de\nbout en bout. Dans une France vaincue, partiellement occup\u00e9e, avec un empereur\nd\u00e9chu, sa capitale assi\u00e9g\u00e9e fut le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une guerre civile en bonne et due\nforme. Ces conditions dramatiques n\u2019en font pas le cas id\u00e9al pour une \u00e9tude\nth\u00e9orique de la dictature du prol\u00e9tariat.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyons maintenant\nles ouvrages de Marx o\u00f9 il fait usage de ladite locution.<\/p>\n\n\n\n<p>1- Une occurrence appara\u00eet dans La <em>critique du programme de Gotha<\/em>\u00a0o\u00f9 il est \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p>Entre la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et la soci\u00e9t\u00e9 communiste, se place la p\u00e9riode de transformation r\u00e9volutionnaire de celle-l\u00e0 en celle-ci. A quoi correspond une p\u00e9riode de transition politique o\u00f9 l&rsquo;Etat ne saurait \u00eatre autre chose que la dictature r\u00e9volutionnaire du prol\u00e9tariat. <em>Le programme n&rsquo;a pas \u00e0 s&rsquo;occuper, pour l&rsquo;instant, ni de cette derni\u00e8re, ni de l&rsquo;Etat futur dans la soci\u00e9t\u00e9 communiste<\/em> (c\u2019est moi qui souligne).<\/p>\n\n\n\n<p>2- Dans une lettre \u00e0 un amis politique, Weydemeyer, apr\u00e8s avoir indiqu\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas l\u2019inventeur de la lutte des classes, Marx \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j&rsquo;ai apport\u00e9 de nouveau, c&rsquo;est :<\/p>\n\n\n\n<ul><li>\u00a0De d\u00e9montrer que l&rsquo;existence des classes n&rsquo;est li\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 des phases historiques d\u00e9termin\u00e9es du d\u00e9veloppement de la production ;<\/li><li>\u00a0Que la lutte des classes m\u00e8ne n\u00e9cessairement \u00e0 la dictature du prol\u00e9tariat\u00a0;<\/li><li>\u00a0Que cette dictature elle-m\u00eame ne repr\u00e9sente qu&rsquo;une transition vers l&rsquo;abolition de toutes les classes et vers une soci\u00e9t\u00e9 sans classes.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>3- La lutte des classes en France<\/em> bat le record\u00a0: quatre occurrences de la \u00ab\u00a0dictature du prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb y compris les variantes. Mais il faut les relativiser face aux neuf apparitions de la \u00ab\u00a0dictature de la bourgeoisie\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La dictature du prol\u00e9tariat appara\u00eet peut-\u00eatre\ndans d\u2019autres textes moins importants que je n\u2019ai pas lus. Mais il semble qu\u2019il\nne faut pas compter sur Marx pour \u00eatre explicite. La phrase que j\u2019ai soulign\u00e9e\ndans l\u2019extrait de <em>Gotha<\/em> fait perdre \u00e0\nMarx une occasion de l\u2019\u00eatre. Dans <em>La\nlutte de classes en France<\/em>, aucune des occurrences n\u2019explique comment fonctionne\nla dictature du prol\u00e9tariat. Il s\u2019agit chaque fois de la r\u00e9it\u00e9rer en tant\nqu\u2019objectif. Apr\u00e8s y avoir \u00e9crit que \u00ab&nbsp;le socialisme r\u00e9volutionnaire est\nla&nbsp;d\u00e9claration permanente de la dictature de classe du prol\u00e9tariat&nbsp;\u00bb,\nil ajoute imm\u00e9diatement&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019espace r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 cet expos\u00e9 ne me permet\npas de d\u00e9velopper davantage ce sujet&nbsp;\u00bb. Marx, r\u00e9pugnerait-t-il \u00e0 s\u2019expliquer\nsur ce probl\u00e8me&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 la quintessence de la <em>dictature du prol\u00e9tariat<\/em>. On ne peut la\ncomprendre qu\u2019en adoptant une vue historique tr\u00e8s large, bien plus \u00e9tendue que\nl\u2019actuelle lutte entre la bourgeoisie et le prol\u00e9tariat. Les controverses \u00e0\npropos du marxisme ont tellement mis la <em>dictature\ndu prol\u00e9tariat<\/em> \u00e0 l\u2019avant-plan qu\u2019on en oublie que celle-ci n\u2019est qu\u2019un\navatar d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne plus g\u00e9n\u00e9ral qui se r\u00e9p\u00e8te chaque fois qu\u2019une nouvelle\nclasse assure sa domination. <\/p>\n\n\n\n<p>Quand une classe arrive au pouvoir, elle fixe\nses r\u00e8gles. Marx attendait le moment o\u00f9 viendrait le tour du prol\u00e9tariat. Mais\nau cours des mill\u00e9naires pass\u00e9s, d\u2019autres classes l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans cet\nexercice, la derni\u00e8re en date \u00e9tant la bourgeoisie. Et ces r\u00e9gimes se sont\ntoujours impos\u00e9 d\u2019en haut et avec violence. Marx qui \u00e9tait \u00e9rudit en histoire\nconnaissait bien l\u2019origine du capitalisme, l\u2019accumulation primitive avec\nl\u2019expropriation des petits paysans pour constituer le futur prol\u00e9tariat,\nl\u2019\u00e9criture d\u2019une l\u00e9gislation civile et commerciale sous la baguette de\ngouvernements absolutistes ou de parlements \u00e9lus au suffrage censitaire. La\ndictature du prol\u00e9tariat serait une r\u00e9\u00e9dition de ce qui s\u2019est pass\u00e9 alors et\nqu\u2019aucun commentateur n\u2019a pens\u00e9 \u00e0 appeler \u00ab&nbsp;la dictature de la\nbourgeoisie&nbsp;\u00bb. Tel est le sens que prend ici le mot \u00ab dictature \u00bb : dicter\net imposer de nouvelles r\u00e8gles en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 et de gestion des moyens\nde production et donc d\u00e9poss\u00e9der le pr\u00e9d\u00e9cesseur de ce pouvoir. La bourgeoisie\na r\u00e9ussi \u00e0 g\u00e9rer la d\u00e9mocratisation ult\u00e9rieure de son r\u00e9gime de telle fa\u00e7on\nqu\u2019elle ne remette pas trop en cause les principes qu\u2019elle avait pos\u00e9s lors de\nsa dictature et je hasarde l\u2019hypoth\u00e8se que l\u00e0 aussi, Marx entrevoit un sc\u00e9nario\nsimilaire apr\u00e8s la dictature du prol\u00e9tariat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sc\u00e9nario pose toutefois un probl\u00e8me que\nMarx n\u2019avait pas anticip\u00e9. Faire une r\u00e9volution sociale qui d\u00e9bouche sur la <em>dictature du prol\u00e9tariat<\/em> repr\u00e9sente un\npas en arri\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 la d\u00e9mocratie s\u2019est install\u00e9e. A moins de consid\u00e9rer une\nr\u00e9volution qui n\u2019est que symbolique et que la <em>dictature du prol\u00e9tariat<\/em> ne soit pas une vraie dictature. La\nd\u00e9mocratie normalise la l\u00e9gitimit\u00e9 des changements. Ils doivent recueillir le\nconsentement de la majorit\u00e9. Tous les prol\u00e9taires ne sont pas automatiquement\nsocialistes. Dans un tel contexte, le prol\u00e9tariat ne pourra pas se contenter de\nr\u00e9p\u00e9ter ce qui a \u00e9t\u00e9 fait avant lui.<\/p>\n\n\n\n<h3>Les droits de l\u2019homme<\/h3>\n\n\n\n<p>La question de\nl\u2019attitude de Marx vis-\u00e0-vis des droits de l\u2019homme a \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9battue.\nBeaucoup de commentateurs sont tr\u00e8s critiques. Notamment, Steven Lukes<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> s\u2019\u00e9vertue \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019il y a une\nopposition de fond entre la doctrine de Marx et les droits de l\u2019homme. A\nl\u2019oppos\u00e9, Justine Lacroix et Jean-Yves Pranch\u00e8re<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> admettent que la fa\u00e7on\ndont Marx traite des droits de l\u2019homme est ambigu\u00eb et discutable, mais cela\nn\u2019en fait pas l\u2019ennemi des droits de l\u2019homme que certains veulent voir. Leur\nargument principal est celui-ci&nbsp;: Marx d\u00e9finit toujours le communisme en\ndes termes tels que l\u2019\u00e9mancipation de l\u2019homme, la pleine r\u00e9alisation de\nl\u2019individu, la reprise de l\u2019ali\u00e9nation. Il serait totalement incoh\u00e9rent qu\u2019un\nsyst\u00e8me con\u00e7u de la sorte ne respecte pas les droits de l\u2019homme. Par\n\u00ab&nbsp;droits de l\u2019homme&nbsp;\u00bb, nous entendons ceux qui ont \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9s par\nles d\u00e9clarations et constitutions faisant suite \u00e0 la R\u00e9volution Fran\u00e7aise et \u00e0\nla R\u00e9volution Am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019argument de\nLacroix et Pranch\u00e8re touche \u00e0 la question de fond&nbsp;qui n\u2019est pas de savoir\nquelle est l\u2019humeur de Marx \u00e0 l\u2019\u00e9gard des droits de l\u2019homme mais s\u2019il\nrecommanderait \u00e0 un Etat socialiste de les respecter. Il est impossible d\u2019y\nr\u00e9pondre avec certitude. L\u2019argument de la coh\u00e9rence est int\u00e9ressant, mais on ne\npeut exclure que Marx, simple mortel, fasse preuve d\u2019incoh\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est\nprincipalement dans deux \u0153uvres philosophiques, plut\u00f4t de jeunesse, que Marx\ntraite assez ouvertement des droits de l\u2019homme&nbsp;: <em>La question Juive<\/em> et <em>L\u2019Id\u00e9ologie\nAllemande<\/em>. Il est vrai qu\u2019il se montre d\u00e9sobligeant \u00e0 leur \u00e9gard. S\u2019il\nfallait chercher un avocat pour plaider en leur faveur, ce n\u2019est certainement\npas \u00e0 Marx qu\u2019on s\u2019adresserait. Mais il faut savoir interpr\u00e9ter ces paroles\nd\u00e9nigrantes et elles ne s\u2019assimilent certainement pas \u00e0 une opposition \u00e0 ce que\nl\u2019Etat respecte lesdits droits. A noter que dans son m\u00e9pris, Marx joint la\nmorale en g\u00e9n\u00e9ral aux droits de l\u2019homme. Lukes y voit un argument suppl\u00e9mentaire,\nla morale servant de base \u00e0 ces droits. Mais nous savons que pour Marx, la\nmorale appartient \u00e0 la superstructure. M\u00eame s\u2019il exag\u00e8re ce trait, il a raison\nd\u2019affirmer que la morale est historiquement d\u00e9pendante, qu\u2019aux diff\u00e9rentes\n\u00e9poques, ses valeurs refl\u00e8tent partiellement celles de la classe dominante. Sa\ndisqualification de la morale trahit le caract\u00e8re outrancier de son\nmat\u00e9rialisme bien plus qu\u2019une opposition \u00e0 la moralit\u00e9. Le m\u00e9pris pour la\nmorale englobe d\u2019ailleurs le concept de <em>justice<\/em>\nque Marx n\u2019invoque jamais contre le capitalisme. Il condamne ce qu\u2019il qualifie\nde \u00ab&nbsp;sentimentalisme&nbsp;\u00bb chez certains socialistes. Le dernier mot doit\nrevenir \u00e0 la science, pas \u00e0 la morale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui explique le m\u00e9pris affich\u00e9 par Marx \u00e0 l\u2019\u00e9gard des droits de l\u2019homme, c\u2019est l\u2019impuissance de ceux-ci \u00e0 emp\u00eacher l\u2019asservissement de l\u2019homme dans la vie empirique, tout particuli\u00e8rement dans la production. L\u2019ali\u00e9nation d\u00e9grade durement les prol\u00e9taires dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les droits de l\u2019homme sont proclam\u00e9s. Selon mon interpr\u00e9tation, ce qui d\u00e9range Marx, bien plus que les droits de l\u2019homme, c\u2019est le discours des droits de l\u2019homme, qu\u2019il per\u00e7oit comme forc\u00e9ment hypocrite. Certes, les phrases qu\u2019il \u00e9crit visent nomm\u00e9ment les droits de l\u2019homme, mais Sartre \u00e9crivit \u00ab l\u2019enfer, c\u2019est les autres \u00bb pour signifier que l\u2019enfer, c\u2019est une pr\u00e9occupation excessive de ce que les autres pensent de nous. La lecture a parfois besoin d\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>Lukes cite ce\npassage de&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019id\u00e9ologie allemande&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;En ce qui\nconcerne le droit, nous avons, avec beaucoup d&rsquo;autres, soulign\u00e9 l&rsquo;opposition\nentre le communisme ct le droit, aussi bien politique et priv\u00e9 que sous la\nforme la plus g\u00e9n\u00e9rale des droits de l&rsquo;homme&nbsp;\u00bb. Son lecteur pourrait\nfacilement croire avec lui qu\u2019ici, il a trouv\u00e9 l\u2019aveu involontaire et\nirr\u00e9futable de l\u2019hostilit\u00e9 de Marx aux droits de l\u2019homme. Mais remettons cette\ncitation dans son contexte, Les phrases qui l\u2019entourent sont \u00e9difiantes. D\u2019une\npart, Marx consid\u00e8re que l\u2019\u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 est tel que les droits de l\u2019homme\nne peuvent qu\u2019\u00eatre un privil\u00e8ge de la bourgeoisie. Cette vision est\ncontestable, mais elle ne repr\u00e9sente pas une opposition au principe des droits\nde l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part,\nMarx faisait reposer son analyse sur les textes de la d\u00e9claration et de la\nconstitution fran\u00e7aises postr\u00e9volutionnaires. Et qu\u2019y lit-il&nbsp;? Au milieu\ndes libert\u00e9s est affirm\u00e9 le droit de\npropri\u00e9t\u00e9, que justement il consid\u00e8re \u00e0 l\u2019origine de l\u2019asservissement.\nVoil\u00e0 le hic. Clairement, il ne le dig\u00e8re pas. Mais plut\u00f4t que de contester la\nplace du droit de propri\u00e9t\u00e9 dans les droits de l\u2019homme, il rejette le concept\nen bloc, assur\u00e9ment une erreur de sa part. Mais ceci confirme mon\ninterpr\u00e9tation qu\u2019il est allergique au discours des droits de l\u2019homme, non aux\ndroits eux-m\u00eames. Il voit dans ces d\u00e9clarations une man\u0153uvre de la bourgeoisie\npour d\u00e9fendre ses privil\u00e8ges et tout particuli\u00e8rement celui de la propri\u00e9t\u00e9.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Steven Lukes \u00abCan a Marxist Believe\nin Human Rights?\u00bb&nbsp; <em>PRAXIS International<\/em>, issue: 4 \/ 1981, pages: 334-345.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Justine Lacroix, Jean-Yves Pranch\u00e8re Karl Marx fut-il vraiment un\nopposant aux droits de l\u2019homme&nbsp;? <em>Presses\nde Sciences Po&nbsp;: Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em> 2012\/3 Vol. 62 |\npages 433 \u00e0 451<\/p>\n\n\n\n<h2>Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Tout n\u2019est pas \u00e0 prendre, tout n\u2019est pas \u00e0 laisser. Il y a pas mal d\u2019erreurs chez Marx, mais ce sont des erreurs int\u00e9ressantes&nbsp;: leur discussion fait avancer la compr\u00e9hension des faits sociaux. L\u2019un de ses torts est son outrance qui transforme ses bonnes id\u00e9es en caricatures d\u2019elles-m\u00eames.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Karl Marx (1818-1883) est peut-\u00eatre le penseur qui a le plus influenc\u00e9 le XX\u00e8me si\u00e8cle. 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