{"id":647,"date":"2021-01-16T14:40:54","date_gmt":"2021-01-16T13:40:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eco-medie.be\/?page_id=647"},"modified":"2021-01-18T09:50:39","modified_gmt":"2021-01-18T08:50:39","slug":"mon-opinion-sur-leconomie-politique-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.eco-medie.be\/?page_id=647","title":{"rendered":"Mon opinion sur l&rsquo;\u00e9conomie politique"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/www.eco-medie.be\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/apologie_capt-2.pdf\">Pour t\u00e9l\u00e9charger le PDF<\/a><a href=\"http:\/\/www.eco-medie.be\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/apologie_capt-2.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download>Download<\/a><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:40px;text-align:center\" class=\"has-background has-very-light-gray-background-color\"><strong>L&rsquo;\u00e9conomie politique n\u00e9oclassique,\nfait-elle l&rsquo;apologie du capitalisme ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Depuis le troisi\u00e8me quart du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019\u00e9cole n\u00e9oclassique domine imp\u00e9rialement la th\u00e9orie \u00e9conomique. Son origine remonte \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la th\u00e9orie de l\u2019<\/strong><em><strong>utilit\u00e9 marginale <\/strong><\/em><strong>par Jevons et Menger (1871) ainsi que Walras (1874), quoi que des pr\u00e9curseurs les aient devanc\u00e9s. Depuis longtemps, son h\u00e9g\u00e9monie est presque totale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Elle se voit r\u00e9guli\u00e8rement reprocher que ses lois \u00e9conomiques soutiennent le syst\u00e8me \u00e9conomique capitaliste ou \u00e0 tout le moins l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. C\u2019est en tout cas la th\u00e8se marxiste<\/strong><a href=\"#_ftn1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><strong>, mais elle est partag\u00e9e bien au-del\u00e0 de ce cercle. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La question \u00e9conomique et\nsociale est au centre de la politique, raison pour laquelle il est rare qu\u2019un\n\u00e9conomiste soit d\u00e9nu\u00e9 d\u2019opinions politiques. Mais tous les \u00e9conomistes\nn\u00e9oclassiques, sont-ils de droite&nbsp;? La r\u00e9ponse est n\u00e9gative. Quelques unes\ndes grandes figures qui ont \u0153uvr\u00e9 au d\u00e9veloppement de cette \u00e9cole avaient des\nid\u00e9es de gauche&nbsp;: Philip Wicksteed (1851-1927), Knut Wicksell (1851-1926),\nAbba Lerner (1903-1982), Oskar Lange (1904-1965), Joan Robinson<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\n(1903-1983). Frank Knight (1885-1972) n\u2019a pas la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre \u00e0 gauche,\nmais ses \u00ab&nbsp;Ethics of Competition&nbsp;\u00bb constituent une critique au\nvitriol de l\u2019esprit du capitalisme et de son id\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9pondre \u00e0 notre question\nimplique de distinguer l\u2019\u00e9conomie positive et l\u2019\u00e9conomie normative. On entend\nr\u00e9guli\u00e8rement des responsables de la sph\u00e8re politiques ou socio\u00e9conomique en\nappeler au respect des \u00ab&nbsp;lois de l\u2019\u00e9conomie&nbsp;\u00bb qui s\u2019imposent aux\nprocessus sociaux et qui les punissent inexorablement lorsque ceux-ci manquent\nde discipline. Manifestement, les lois invoqu\u00e9es jugent n\u00e9gativement tout ce\nqui s\u2019apparente \u00e0 de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sociale&nbsp;; elles semblent g\u00e9n\u00e9ralement\nplus soucieuses du bien des poss\u00e9dants que de celui des moins nantis. Mais ce\ndiscours reste g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s vague sur ces lois&nbsp;: que disent-elles\npr\u00e9cis\u00e9ment, quelles sont les conditions de leur validit\u00e9&nbsp;? Cet appel aux\nlois para\u00eet plus partisan que scientifique. L\u2019\u00e9conomie positive, quant \u00e0 elle,\nn\u2019a pas pour objet de distribuer des bons et des mauvais points. Elle \u00e9nonce\neffectivement des lois, sous la forme de th\u00e9or\u00e8mes. Partant d\u2019hypoth\u00e8ses,\nceux-ci apportent une d\u00e9monstration \u00e0 une th\u00e8se. Le plus souvent, la forme\nd\u2019expression est math\u00e9matique. Pour la clart\u00e9, cette m\u00e9thode comporte un\navantage et un inconv\u00e9nient. L\u2019avantage est d\u2019exprimer les hypoth\u00e8ses\nexplicites de la fa\u00e7on la plus claire. L\u2019inconv\u00e9nient, c\u2019est que les hypoth\u00e8ses\nimplicites sont au contraire enfouies dans une esp\u00e8ce de n\u00e9ant presque\ninsondable. Le technocrate qui \u00e9met des jugements normatifs est cens\u00e9\ntransposer \u00e0 l\u2019adresse de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle des conclusions p\u00each\u00e9es de fa\u00e7on\npertinente dans l\u2019\u00e9conomie positive. Il y a donc forc\u00e9ment une dose\nd\u2019interpr\u00e9tation, un choix de ce qui semble le th\u00e9or\u00e8me le plus pertinent au vu\nde la situation \u00e0 analyser, situation qui doit \u00eatre proche des hypoth\u00e8ses du\nmod\u00e8le. Lorsque le discours technocratique s\u2019adresse \u00e0 un b\u00e9otien, celui-ci\nn\u2019est pas arm\u00e9 pour appr\u00e9cier de fa\u00e7on critique le passage du positif au normatif\nqui lui est ass\u00e9n\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre objet n\u2019est pas\nl\u2019\u00e9conomie normative, magma infini d\u2019avis, de propositions, de conseils, de\nrecommandations, de remontrances en tous genres. Nous nous attacherons ici \u00e0\nl\u2019\u00e9conomie positive en tant que corpus de connaissance scientifique<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Ses\nth\u00e9or\u00e8mes n\u2019\u00e9tant pas directement normatifs, la question est de savoir si\ncertains d\u2019entre eux suscitent une interpr\u00e9tation concluant \u00e0 la justice du\ncapitalisme, \u00e0 son harmonie ou \u00e0 son efficacit\u00e9, si la conclusion politique est\nlatente dans le th\u00e9or\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conduire cette\ninvestigation, il nous faut distinguer le cas de la micro\u00e9conomie (analyse des\nactions des agents \u00e9conomiques et de leurs interactions) de celui de la\nmacro\u00e9conomie (analyse globale de l\u2019\u00e9conomie). La premi\u00e8re se pr\u00eate mieux \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie,\ncar elle est plus abstraite, plus th\u00e9orique, donc plus id\u00e9ale dans tous les\nsens du terme. La seconde, plus concr\u00e8te, inclut la monnaie et l\u2019action du\ngouvernement et s\u2019int\u00e9resse aux effets de la politique \u00e9conomique. Les\nprincipes essentiels du capitalisme, l\u2019entreprise, le march\u00e9, la r\u00e9mun\u00e9ration\ndes facteurs de production rel\u00e8vent de la micro\u00e9conomie. La macro\u00e9conomie\ncomporte une autre particularit\u00e9 qui la distingue de sa discipline s\u0153ur&nbsp;:\nelle est travers\u00e9e depuis 1936 par une division entre deux courants\nantagoniques&nbsp;: le keyn\u00e9sianisme et la macro\u00e9conomie classique. Le premier\nqui admet la possibilit\u00e9 d\u2019un \u00e9quilibre de sous-emploi et appelle \u00e0 l\u2019intervention\nde l\u2019Etat ne peut \u00eatre suspect\u00e9 d\u2019apologie du capitalisme. Les d\u00e9fenseurs\ninflexibles du capitalisme rallient le camp oppos\u00e9, celui qui pr\u00eache le\n\u00ab&nbsp;laisser faire, laisser passer&nbsp;\u00bb. On trouve des \u00e9conomistes\nn\u00e9oclassiques dans les deux camps. De grands \u00e9conomistes comme John Hicks\n(1904-1985), Paul Samuelson (1915-2009), Robert Solow (1924-) ou Gregory Mankiw\n(1958-) \u00e9taient ou sont \u00e0 la fois n\u00e9oclassiques et keyn\u00e9siens<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>1- La micro\u00e9conomie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019examinerai deux th\u00e8ses de la micro\u00e9conomie\nn\u00e9oclassique qui semblent potentiellement apolog\u00e9tiques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>L\u2019affirmation qu\u2019il existe un\n\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral et qu\u2019il est optimal<\/li><li>La d\u00e9termination de la r\u00e9mun\u00e9ration\ndes facteurs selon la productivit\u00e9<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Pour chacune d\u2019elles, je tenterai\nde r\u00e9pondre \u00e0 deux questions&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>En quoi sert-t-elle le\ncapitalisme&nbsp;?<\/li><li>La d\u00e9monstration du th\u00e9or\u00e8me\nconcern\u00e9, n\u2019est-elle pas tellement artificieuse, tir\u00e9e par les cheveux qu\u2019on\npourrait interpr\u00e9ter cet acharnement comme r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une intention\napolog\u00e9tique&nbsp;?<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3>1.1- L\u2019\u00e9quilibre\ng\u00e9n\u00e9ral<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre l\u2019offre et\nla demande qui s\u2019\u00e9tablit simultan\u00e9ment sur tous les march\u00e9s tant des biens que\ndes facteurs. Son caract\u00e8re optimal, signifie que sa r\u00e9alisation permet \u00e0\nchaque acteur de maximiser l\u2019utilit\u00e9 qu\u2019il obtient en \u00e9changeant des biens et\nfacteurs de son panier initial. Le premier \u00e9conomiste qui en a eu l\u2019intuition\net en a tent\u00e9 une d\u00e9monstration est Walras (1874). So mod\u00e8le transpose\nl\u2019\u00e9conomie dans un syst\u00e8me d\u2019\u00e9quations simultan\u00e9es&nbsp;; la d\u00e9monstration de l\u2019\u00e9quilibre\nconsiste \u00e0 relever que le nombre d\u2019inconnues est \u00e9gal au nombre d\u2019\u00e9quations.\nElle est bancale du point de vue math\u00e9matique, cette condition n\u2019\u00e9tant ni\nsuffisante ni n\u00e9cessaire. D\u00e8s les ann\u00e9es 1930, des \u00e9conomistes math\u00e9maticiens,\nappel\u00e9s \u00ab&nbsp;n\u00e9o-walrassiens&nbsp;\u00bb cherchent de nouvelles voies, ce qui m\u00e8ne\nfinalement \u00e0 la fameuse d\u00e9monstration de Kenneth Arrow (1921-2014) et G\u00e9rard\nDebreu (1921-2004) en 1954, bas\u00e9e sur des outils math\u00e9matiques complexes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Cette th\u00e9orie, sert-elle le\ncapitalisme&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Adam\nSmith, grand \u00e9conomiste de l\u2019\u00e9cole classique, \u00e9crivait en 1776&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>&nbsp;\u201cby directing that industry in such a manner as its produce may be of the greatest value, every individual intends only his own gain, and he is in this, as in many other cases, led by an invisible hand to promote an end which was no part of his intention. (\u2026) By pursuing his own interest he frequently promotes that of the society more effectually than when he really intends to promote it\u201d.<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette\nphrase exprime l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 favorise l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral m\u00eame sans\nintervention publique. Les \u00e9conomistes n\u00e9o-walrassiens consid\u00e8rent que leur\nmod\u00e8le confirme de fa\u00e7on savante l\u2019intuition de Smith.<\/p>\n\n\n\n<p>Il\nconvient toutefois d\u2019appr\u00e9cier correctement ce que dit le th\u00e9or\u00e8me. Il s\u2019agit\nd\u2019un mod\u00e8le statique. Le progr\u00e8s technique est donc absent. L\u2019\u00e9conomie\nn\u00e9oclassique postule une conception de la concurrence qu\u2019elle qualifie de\n\u00ab&nbsp;parfaite&nbsp;\u00bb et qui signifie que les acheteurs et les vendeurs (n\u00e9cessairement\ntr\u00e8s nombreux sur chaque march\u00e9) sont de taille n\u00e9gligeable de telle fa\u00e7on que\nleurs d\u00e9cisions prises individuellement sont incapables d\u2019influencer le prix.\nIl est clair que si deux si\u00e8cles de capitalisme industriel ont autant accru le\nrevenu, ce n\u2019est pas ce th\u00e9or\u00e8me qui peut l\u2019expliquer. Cette citation de Josef\nSchumpeter (1883-1950), pourtant lui aussi d\u2019inspiration n\u00e9oclassique,\nl\u2019exprime de mani\u00e8re percutante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u201cBut in capitalist reality as distinguished from its textbook picture, it is not that kind of competition that counts but the competition from the new commodity, the new technology, the new source of supply, the new type of organization (\u2026) This kind of competition is as much more effective than the other as a bombardment is in comparison with forcing a door and so much more important that it becomes a matter of indifference whether competition in the ordinary sense functions more or less promptly\u201d <a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Que\nreste-t-il alors de positif du th\u00e9or\u00e8me de l\u2019\u00e9quilibre et l\u2019optimum dans un\ncontexte walrassien&nbsp;? Il reste que l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 ne gaspille pas\nles ressources. A partir d\u2019une quantit\u00e9 de ressources disponibles, elle tire le\nmeilleur parti compte tenu des connaissances techniques en vigueur. Mais les\nconditions du th\u00e9or\u00e8me sont compatibles avec une soci\u00e9t\u00e9 pauvre \u00e0 l\u2019optimum\nwalrassien et une soci\u00e9t\u00e9 riche en dehors de cet optimum.<\/p>\n\n\n\n<p>Y\na-t-il un lien entre l\u2019optimum et la justice de la r\u00e9partition du revenu dans\nla soci\u00e9t\u00e9&nbsp;? La conception de l\u2019optimum qui pr\u00e9vaut est celle\nqu\u2019introduisit Vilfredo Pareto (1848-1923), disciple et successeur de Walras \u00e0\nl\u2019\u00e9cole de Lausanne. Il y a optimum lorsque l\u2019ensemble des \u00e9changes conduit \u00e0\nune situation o\u00f9 il est impossible d\u2019encore augmenter l\u2019utilit\u00e9 d\u2019un agent sans\ndevoir diminuer celle d\u2019un autre agent. Il s\u2019agit donc toujours d\u2019un optimum\npar rapport \u00e0 une r\u00e9partition initiale des ressources qui est donn\u00e9e.\nL\u2019optimalit\u00e9 par\u00e9tienne est relative et elle ne juge donc pas les r\u00e9partitions.\nMais Lange et Lerner, disciples de Pareto, ont d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir de toute\nr\u00e9partition initiale, un <em>optimum de\nPareto<\/em> est accessible. Le le\u00e7on politique qu\u2019on peut en tirer est que le\ngouvernement qui veut influencer la r\u00e9partition du revenu doit effectuer des\ntransferts plut\u00f4t qu\u2019alt\u00e9rer le fonctionnement des march\u00e9s mais que ces\nredistributions auront leur propre optimum de Pareto. Cette conclusion devrait\nplut\u00f4t convenir aux partis de gauche.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Y a-t-il acharnement\nd\u00e9monstratif&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les hypoth\u00e8ses sont-elles raisonnables&nbsp;?\nVoici les plus importantes :<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Pour chaque <strong>firme<\/strong>, <em>convexit\u00e9<\/em> de l\u2019ensemble de ses plans de productions faisables. La <em>convexit\u00e9<\/em> est une propri\u00e9t\u00e9 purement math\u00e9matique mais sa traduction \u00e9conomique n\u2019est pas insignifiante, car elle exclut les <em>rendements d\u2019\u00e9chelle croissants<\/em>.<ul><li>Les pr\u00e9f\u00e9rences des <strong>m\u00e9nages<\/strong> quant aux paniers de consommation<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> sont <em>convexes<\/em> et la <em>saturation<\/em> est exclue. Cette hypoth\u00e8se est plausible.<\/li><\/ul><ul><li>La concurrence est \u00ab&nbsp;parfaite&nbsp;\u00bb au sens expliqu\u00e9 ci-avant. C\u2019est une hypoth\u00e8se fortement irr\u00e9aliste. Sur la plupart des march\u00e9s r\u00e9els, le nombre de firmes est insuffisant par rapport \u00e0 ce crit\u00e8re. Cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y a pas de concurrence mais que le mod\u00e8le de concurrence ne capture pas correctement le comportement concurrentiel des entreprises.<\/li><\/ul><ul><li>L\u2019incertitude est une caract\u00e9ristique essentielle de la vie \u00e9conomique. Arrow et Debreu ont une fa\u00e7on tr\u00e8s particuli\u00e8re de l\u2019int\u00e9grer dans leur mod\u00e8le. Leur \u00e9quilibre est intertemporel dans le sens o\u00f9 se jouent en une fois les prix et les \u00e9changes jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps. Chaque bien \u00e0 chaque date est un march\u00e9 \u00e0 \u00e9quilibrer. Le nombre de march\u00e9s est donc immense et l\u2019est d\u2019autant plus qu\u2019il y a un march\u00e9 distinct pour chaque <em>\u00e9tat contingent<\/em> du monde \u00e0 chaque date. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique pr\u00e9sente \u00e9videmment toujours une <em>structure incompl\u00e8te de march\u00e9s<\/em>. En outre, les agents du mod\u00e8le sont des surhommes capables de d\u00e9terminer pour chaque date pour chaque \u00e9tat contingent quelle quantit\u00e9 de tous les biens ils offrent ou demandent aux diff\u00e9rents prix propos\u00e9s. Bref, ce mod\u00e8le ne rend pas compte de l\u2019incertitude telle qu\u2019elle s\u00e9vit dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle.<\/li><\/ul><ul><li>A c\u00f4t\u00e9 de ces hypoth\u00e8ses explicites, il y a l\u2019hypoth\u00e8se implicite que des courbes de <strong>demande individuelles<\/strong> d\u00e9croissantes par rapport au prix, lorsqu\u2019elles sont agr\u00e9g\u00e9es pour constituer <strong>la demande du march\u00e9<\/strong>, produisent une courbe de demande agr\u00e9g\u00e9e \u00e9galement d\u00e9croissante par rapport au prix. Mais au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, les \u00e9conomistes Sonnenschein, Debreu et Mantel se rendirent compte que ce n\u2019est pas le cas, que la courbe agr\u00e9g\u00e9e pouvait fort bien rev\u00eatir des formes diverses. Ce r\u00e9sultat, connu comme le&nbsp;\u00ab&nbsp;th\u00e9or\u00e8me SDM&nbsp;\u00bb d\u00e9range les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques qui lui laissent peu de place dans leur expos\u00e9.<\/li><\/ul><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Je laisse au lecteur le soin de juger si les\nhypoth\u00e8ses ne sont pas choisies pour \u00ab&nbsp;forcer&nbsp;\u00bb le r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p>Supposons que malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, il existe un\nensemble de prix qui \u00e9quilibre tous les march\u00e9s. Pour que l\u2019\u00e9conomie soit\n\u00e9quilibr\u00e9e, il ne suffit pas que l\u2019\u00e9quilibre existe en th\u00e9orie, il faut encore\nque l\u2019\u00e9conomie trouve le chemin vers cet \u00e9quilibre. Ce probl\u00e8me est connu sous\nl\u2019appellation \u00ab&nbsp;stabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9quilibre&nbsp;\u00bb, qui signifie que lorsque\nl\u2019\u00e9conomie est hors de l\u2019\u00e9quilibre, les forces du march\u00e9 tendent \u00e0 l\u2019y amener.\nL\u2019astuce de Walras consiste \u00e0 postuler l\u2019existence d\u2019un commissaire-priseur qui\ncrie les prix sur tous les march\u00e9s et par essai-erreur les corrige en fonction\ndes d\u00e9s\u00e9quilibres constat\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce que tout d\u00e9s\u00e9quilibre ait disparu. Les\n\u00e9changes r\u00e9els ne commencent qu\u2019\u00e0 ce moment, car tout \u00e9change hors \u00e9quilibre\nest proscrit du mod\u00e8le. L\u2019absence de ce commissaire dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle y rend\nl\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00e9quilibre plus difficile que dans le mod\u00e8le walrassien. Mais\nsupposons qu\u2019un bouleversement institutionnel mette un commissaire aux\ncommandes de l\u2019\u00e9conomie. Peut-il se forger une r\u00e8gle de conduite dont\nl\u2019application le m\u00e8nerait s\u00fbrement \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre&nbsp;? Les recherches en cette\nmati\u00e8re furent d\u00e9cevantes en ce sens que les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 la\nstabilit\u00e9 s\u2019av\u00e8rent irr\u00e9alistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, le commissaire walrassien,\ntel un fant\u00f4me, hante l\u2019\u00e9conomie politique, car la th\u00e9orie n\u00e9oclassique peut\ndifficilement se passer de lui. Une alternative \u00e0 son intervention a toutefois\n\u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par Francis Edgeworth (1845-1926) et reprise par Debreu et Scarf\ndans les ann\u00e9es 1960. L\u2019id\u00e9e est que si les nombreux intervenants sur le march\u00e9\nconstituent des coalitions de plus en larges entre eux, ils parviendront \u00e0\n\u00ab&nbsp;bloquer&nbsp;\u00bb tout \u00e9change dont le prix ne serait pas le prix\nd\u2019\u00e9quilibre. Ici aussi, il est difficile de reconna\u00eetre le fonctionnement de\nl\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Concluons avec mon avis sur l\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;;\nil doit exister dans la r\u00e9alit\u00e9 un \u00ab&nbsp;presque-\u00e9quilibre&nbsp;\u00bb presque\nstable pour autant qu\u2019on exclue toute consid\u00e9ration macro\u00e9conomique (comme le\ncycle conjoncturel). Le mouvement \u00e9conomique est g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7u comme\nsource de d\u00e9s\u00e9quilibre, mais je crois que c\u2019est lui qui maintient l\u2019\u00e9conomie en\npresque-\u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<h3>1.2- La r\u00e9mun\u00e9ration\ndes facteurs<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique consid\u00e8re les <em>facteurs de production<\/em> sur le m\u00eame pied\nque les produits et services. Leur r\u00e9mun\u00e9ration est donc un prix d\u2019\u00e9quilibre\nentre une offre et une demande.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Offrir du travail ou du capital<\/strong> est consid\u00e9r\u00e9 comme un sacrifice dont le poids augmente avec la quantit\u00e9 offerte.<ul><li>Offrir son temps pour travailler r\u00e9duit l\u2019utilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du m\u00e9nage en diminuant le temps gard\u00e9 pour soi.<\/li><li>Dans un premier temps, l\u2019\u00e9pargne, c\u2019-\u00e0-d. l\u2019offre du capital, \u00e9tait assimil\u00e9e \u00e0 de l\u2019<em>abstinence<\/em>, mais depuis Eugen von B\u00f6hm Bawerk (1851-1914), le concept d\u2019<em>attente<\/em> a remplac\u00e9 celui d\u2019<em>abstinence<\/em>. L\u2019\u00e9pargne est con\u00e7ue comme une consommation diff\u00e9r\u00e9e, qui repr\u00e9sente un sacrifice puisque nous sommes cens\u00e9s pr\u00e9f\u00e9rer une consommation pr\u00e9sente \u00e0 une consommation \u00e9gale dans le futur. C\u2019est la fameuse hypoth\u00e8se de <em>la pr\u00e9f\u00e9rence pour le pr\u00e9sent<\/em>, parfois encore appel\u00e9e <em>impatience<\/em>.<\/li><\/ul><\/li><li>La loi de la <em>productivit\u00e9 marginale d\u00e9croissante <\/em>affirme que plus on engage d\u2019un facteur en maintenant constante la quantit\u00e9 des autres, moins les diff\u00e9rentes unit\u00e9s ajout\u00e9es seront productives. L\u2019entreprise n\u2019a donc pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 payer tel facteur plus que la valeur de sa <em>productivit\u00e9 marginale<\/em> (celle de la derni\u00e8re unit\u00e9 active), sinon sa pr\u00e9sence serait g\u00e9n\u00e9ratrice de pertes. Mais la concurrence entre les entreprises am\u00e8nera la r\u00e9mun\u00e9ration \u00e0 ne pas \u00eatre inf\u00e9rieure non plus, sinon engager plus m\u00e8nerait \u00e0 un gain. La courbe de <strong>demande<\/strong> d\u2019un facteur de production correspond donc \u00e0 sa courbe de <em>productivit\u00e9 marginale<\/em> en valeur (quantit\u00e9 multipli\u00e9e par le prix de vente).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Si tout cela est correct, la conclusion s\u2019impose que\ntoute r\u00e9mun\u00e9ration est \u00e9gale \u00e0 la productivit\u00e9 marginale de celui qui la\nre\u00e7oit. Ce qui ne signifie pas que la productivit\u00e9 marginale d\u00e9termine\nla r\u00e9mun\u00e9ration, puisqu\u2019elle-m\u00eame est fonction de la quantit\u00e9 du facteur qui\nd\u00e9pend de son prix. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une d\u00e9termination commune dans le cadre\nde l\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept d\u2019<em>impatience<\/em>\nest devenu un des piliers de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique et s\u2019est invit\u00e9 dans la\nth\u00e9orie de l\u2019<em>\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral<\/em>,\npuisque celle-ci est devenue intertemporelle avec des march\u00e9s futurs aussi bien\nque des march\u00e9s pr\u00e9sents. L<em>\u2019impatience<\/em>\nam\u00e8ne les prix futurs \u00e0 \u00eatre inf\u00e9rieurs aux prix pr\u00e9sents pour un bien\nidentique. Telle est la base sur laquelle est b\u00e2tie la th\u00e9orie moderne de\nl\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La th\u00e9orie de l\u2019attente,\nsert-elle le capitalisme&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle apporte une couverture id\u00e9ologique dans la mesure\no\u00f9 la r\u00e9mun\u00e9ration du capital doit \u00eatre justifi\u00e9e. En quoi sa justification,\nserait-elle probl\u00e9matique&nbsp;? La th\u00e9orie marxiste y voit de l\u2019<em>exploitation<\/em>. Mais pour des raisons que\nj\u2019ai expos\u00e9es dans d\u2019autres articles, la th\u00e9orie de la <em>plus-value<\/em> n\u2019est pas pertinente.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019in\u00e9galit\u00e9\ndans nos soci\u00e9t\u00e9s est certes injuste, mais elle est due \u00e0 la mauvaise\nr\u00e9partition des patrimoines, un fait que la th\u00e9orie de l\u2019<em>attente<\/em> ni ne cautionne ni ne critique. Beaucoup d\u2019auteurs,\nnotamment Pareto, B\u00f6hm Bawerk, Cassel ont d\u2019ailleurs fait valoir tr\u00e8s justement\nque sous une forme ou sous une autre, l\u2019int\u00e9r\u00eat devrait subsister dans une\nsoci\u00e9t\u00e9 socialiste, car l\u2019attente des r\u00e9sultats d\u2019un investissement repr\u00e9sente\nun co\u00fbt social dont le planificateur devrait tenir compte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La th\u00e9orie de la productivit\u00e9\nmarginale, sert-elle le capitalisme&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certains\ns\u2019en sont servis, sans aucun doute. Mais aucun grand \u00e9conomiste n\u2019a franchi le\npas consistant \u00e0 pr\u00e9tendre explicitement que chacun est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 selon son\nm\u00e9rite, car la productivit\u00e9 n\u2019est pas synonyme de m\u00e9rite et la <em>productivit\u00e9 marginale<\/em> encore moins. La\nproductivit\u00e9 marginale est en effet influenc\u00e9e par une multitude de facteurs\nli\u00e9es au contexte socio\u00e9conomique, par exemple \u00e0 l\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique.<\/p>\n\n\n\n<p>John Bates Clark (1847-1938), le principal initiateur\nde cette th\u00e9orie, fut tr\u00e8s proche de franchir le pas lorsqu\u2019il \u00e9crivit&nbsp;: \u201cThe right of Society&nbsp; to exist in\nits present form, and the probability that it will contribute so to exist, are\nat stake\u201d<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>. Il\npr\u00e9tendit m\u00eame que sa loi fournit la raison de n\u2019\u00eatre pas socialiste. Mais la\nplupart des \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques se montr\u00e8rent plus prudents. En t\u00e9moignent ces deux citations&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Frank <strong>Knight<\/strong>: \u201cThe income doesn\u2019t go to factors but to their owners and can in no case have more ethical justification than has the fact of ownership. The ownership of personal or materiel productive capacity is based upon a complex mixture of inheritance, luck and effort, probably in that order of relative importance. What is the ideal distribution from the standpoint of absolute ethics may be disputed, but of the three considerations named certainly none but the effort can have ethical validity\u201d<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p><strong>Cobb et Douglas<\/strong>: \u201c\u2026even if there were precise correspondence, it (NDLR: le r\u00e9sultat de leur analyse) would not furnish any light upon the question as to whether capital for example should be privately owned to the degree to which it is in our society. For while capital may be \u201cproductive\u201d, it does not follow that the capitalist always is.\u201d<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> [1928, p.164)]<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong><em>Y a-t-il acharnement\nd\u00e9monstratif&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait beaucoup \u00e0 dire quant \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 de\nla <em>pr\u00e9f\u00e9rence pour le pr\u00e9sent<a href=\"#_ftn11\"><strong>[11]<\/strong><\/a><\/em>.\nMais je me contenterai d\u2019analyser le rapport des \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques \u00e0 la\n<em>productivit\u00e9 marginale<\/em>. Voyons\nd\u2019abord si ses hypoth\u00e8ses sont raisonnables&nbsp;? Voici les plus\nimportantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol><li>Commen\u00e7ons avec la principale, qui\nmet en \u0153uvre le concept de <em>fonction de\nproduction<\/em>. C\u2019est ainsi que les \u00e9conomistes appellent la fonction qui\nexprime sous une forme math\u00e9matique la d\u00e9pendance de la quantit\u00e9 produite par\nrapport aux quantit\u00e9s des facteurs de production&nbsp;; il s\u2019agit donc d\u2019une\nfonction \u00e0 plusieurs variables (une par input). D\u00e8s 1894, Wicksteed avait\nprouv\u00e9 que les <em>d\u00e9riv\u00e9es partielles<\/em> de\ncette fonction correspondaient aux <em>productivit\u00e9s\nmarginales<\/em> des facteurs. Il s\u2019\u00e9tait \u00e9galement pos\u00e9 la question dite de l\u2019<em>\u00e9puisement du produit&nbsp;<\/em>: en r\u00e9mun\u00e9rant\ntous les intervenants \u00e0 leur <em>productivit\u00e9\nmarginale<\/em>, \u00e9puise-t-on exactement la valeur du produit&nbsp;? En fait, la\nr\u00e9ponse n\u2019est positive que si la <em>fonction\nde production<\/em> a une propri\u00e9t\u00e9 bien d\u00e9finie&nbsp;: elle doit \u00eatre <em>homog\u00e8ne de degr\u00e9 un<\/em>. Ce charabia\nmath\u00e9matique correspond \u00e0 une situation \u00e9conomique concr\u00e8te&nbsp;: les <em>rendements d\u2019\u00e9chelle<\/em><a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>\ndoivent \u00eatre constants. Lorsqu\u2019ils sont croissants, il y a un r\u00e9sidu\nn\u00e9gatif (perte)&nbsp;; lorsqu\u2019ils sont d\u00e9croissants, il y a un r\u00e9sidu positif\n(gain). Ce r\u00e9sidu \u00e9choit \u00e0 l\u2019entrepreneur. Le facteur de production qui est\nentrepreneur (g\u00e9n\u00e9ralement le capital) gagnera donc une r\u00e9mun\u00e9ration diff\u00e9rente\nde sa <em>productivit\u00e9 marginale<\/em> lorsque\nles <em>rendements d\u2019\u00e9chelle<\/em> ne sont pas\nconstants.<\/li><li>On l\u2019aura compris, la variabilit\u00e9\ndes facteurs est essentielle. D\u2019abord, la productivit\u00e9 marginale ne\nd\u00e9termine la r\u00e9mun\u00e9ration d\u2019un facteur que si l\u2019entreprise peut faire varier sa\nquantit\u00e9. S\u2019il est fixe par nature, comme le CEO n\u00e9cessairement unique, sa\nr\u00e9mun\u00e9ration \u00e9chappe forc\u00e9ment \u00e0 cette explication. Ensuite les proportions des\nfacteurs doivent pouvoir varier infinit\u00e9simalement, sinon la productivit\u00e9\nmarginale n\u2019est pas d\u00e9finie (elle est alors comprise dans une fourchette de\nvaleurs).<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>&nbsp;Or \u00e0 court terme, il y a toujours des facteurs\nfixes ou semi-fixes. La loi ne serait valide que sur le long terme. Dans ces conditions,\nelle ne peut pas d\u00e9terminer pr\u00e9cis\u00e9ment les r\u00e9mun\u00e9rations dans le monde r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<ul><li>La <em>concurrence parfaite<\/em> est n\u00e9cessaire, tant sur le march\u00e9 des\nfacteurs que sur celui du produit. Arthur Cecil Pigou (1877-1959) et Joan\nRobinson ont analys\u00e9 les cas non concurrentiels&nbsp;; il s\u2019av\u00e8re que la\nr\u00e9mun\u00e9ration s\u2019y \u00e9carte de la <em>productivit\u00e9\nmarginale<\/em>. Tous deux us\u00e8rent du terme \u00ab&nbsp;exploitation du travail&nbsp;\u00bb\npour qualifier les cas o\u00f9 le salaire est inf\u00e9rieur \u00e0 la valeur de la <em>productivit\u00e9 marginale<\/em>.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Il importe aussi de savoir que la th\u00e9orie de la <em>productivit\u00e9 marginale<\/em> a des rivales.\nAinsi, une branche particuli\u00e8re de l&rsquo;\u00e9cole n\u00e9oclassique, l&rsquo;\u00e9cole\nautrichienne, consid\u00e8re que la <strong>r\u00e9mun\u00e9ration\ndu capital<\/strong> ne correspond pas \u00e0 sa <em>productivit\u00e9\nmarginale<\/em>, mais \u00e0 la productivit\u00e9 marginale de l\u2019allongement de la <em>p\u00e9riode de production<\/em><a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>.\nWicksell, h\u00e9ritier de B\u00f6hm Bawerk (le fondateur de cette tradition), a d\u00e9montr\u00e9\nmath\u00e9matiquement que les deux ne concordent g\u00e9n\u00e9ralement pas. Sur base des\ntravaux de Wicksell et de l\u2019\u00e9cole de Cambridge, Bhaduri a d\u00e9montr\u00e9 que la\nr\u00e9mun\u00e9ration du capital n\u2019\u00e9gale sa productivit\u00e9 marginale que si l\u2019<em>intensit\u00e9 en capital <\/em>est identique dans\ntous les secteurs de production, une condition totalement irr\u00e9aliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>salaire<\/strong> a lui-aussi fait l\u2019objet\nd\u2019explications qui l\u2019\u00e9loignent de la <em>productivit\u00e9\nmarginale<\/em>. Deux travaux bien connus partent de l\u2019id\u00e9e que l\u2019entreprise peut\ns\u2019en servir comme d\u2019un incitant&nbsp;: le <em>salaire\nd\u2019efficience<\/em> de Shapiro et Stiglitz et les <em>tournois<\/em> de Lazear et Rosen<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Y\na-t-il eu des travaux empiriques pour valider la th\u00e9orie de la\nproductivit\u00e9 marginale&nbsp;? Oui. Commen\u00e7ons avec le plus connu qui est\n\u00e9galement le plus ancien. En 1928, l\u2019\u00e9conomiste Paul Douglas et le\nmath\u00e9maticien Charles Cobb supposent une forme math\u00e9matique sp\u00e9cifique\n(homog\u00e8ne de degr\u00e9 un) qui devrait \u00eatre celle de la <em>fonction de production agr\u00e9g\u00e9e<\/em> de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re aux\nEtats-Unis. Ils vont la tester statistiquement sur les indices de la\nproduction, de l\u2019emploi et du capital investi de 1899 \u00e0 1922. Leur fonction est\nastucieuse, car elle compte parmi ses param\u00e8tres les parts du salaire et du\nprofit dans le revenu total (pos\u00e9es \u00e0 respectivement 3\/4 et 1\/4) qui sont\ndirectement li\u00e9es \u00e0 la <em>productivit\u00e9\nmarginale<\/em> du travail et du capital. La corr\u00e9lation assez bonne entre\nl\u2019indice de production calcul\u00e9 par la fonction et l\u2019indice r\u00e9el m\u00e8nent Cobb et\nDouglas \u00e0 conclure \u00e0 la validit\u00e9 de la th\u00e9orie de la <em>productivit\u00e9 marginale<\/em> ; ils doivent n\u00e9anmoins reconna\u00eetre que la\ncorr\u00e9lation entre les indices des salaires observ\u00e9s et la <em>productivit\u00e9 marginale<\/em> du travail calcul\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le assez faible,\nce qui ne semble pas troubler leur optimisme. Autre motif de satisfaction :\nd\u2019autres \u00e9tudes statistiques confirment la part de 3\/4 allant au travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\ntravail de Cobb et Douglas a donn\u00e9 lieu \u00e0 de nombreuses critiques, dont je ne\nmentionnerai que les deux plus fondamentales&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Paul Samuelson et Herbert Simon ont montr\u00e9 que la construction de la fonction de Cobb-Douglas est telle qu\u2019il est presque impossible que la corr\u00e9lation test\u00e9e soit mauvaise. Cette corr\u00e9lation n\u2019est donc pas un test probant.<\/li><li>Franklin Fisher a d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019agr\u00e9gation de fonctions de production individuelles en une fonction globale n\u2019est valide que moyennant des conditions tr\u00e8s restrictives.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La <em>productivit\u00e9 marginal<\/em>e n\u2019est pas\nobservable en tant que telle, mais des \u00e9tudes en ont tent\u00e9 l\u2019estimation pour\ncomparer celle-ci \u00e0 la r\u00e9partition des revenus r\u00e9elle. Citons Gottschalk (1978)\net Kampelmann et Rycx (2011). Les r\u00e9sultats sont plut\u00f4t d\u00e9cevants pour la <em>productivit\u00e9 marginale<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme\non le constate, l\u2019ampleur des difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la th\u00e9orie de la productivit\u00e9\nmarginale rend suspecte l\u2019obstination de ces \u00e9conomistes \u00e0 la conserver comme\nun des fondements de leur corpus th\u00e9orique.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>2- La Macro\u00e9conomie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ici, le potentiel id\u00e9ologique de l\u2019\u00e9conomie politique\nconcerne plut\u00f4t telle politique \u00e9conomique que tel syst\u00e8me \u00e9conomique. Mais\ncomme la politique concern\u00e9e est celle du \u00ab&nbsp;laisser faire&nbsp;\u00bb, elle est\ndirectement branch\u00e9e sur les fondements du capitalisme.<\/p>\n\n\n\n<h3>2.1- L\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019une crise de surproduction<\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9cole n\u00e9oclassique prit le relai de l\u2019\u00e9cole\nclassique \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, elle fit table rase de la\nmicro\u00e9conomie mais conserva la macro\u00e9conomie. A l\u2019\u00e9poque, seuls trois\n\u00e9conomistes avaient reconnu la possibilit\u00e9 d\u2019une surproduction\ng\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;: Sismondi, Malthus et Marx. Les autres adh\u00e9raient \u00e0 la \u00ab&nbsp;loi\ndes d\u00e9bouch\u00e9s&nbsp;\u00bb de Jean-Baptiste Say (1767-1832)&nbsp;: \u00ab&nbsp;les\nmarchandises ach\u00e8tent des marchandises&nbsp;\u00bb. Apparemment, cette loi est\nlogique&nbsp;: toute production cr\u00e9e du revenu&nbsp;; donc il doit y avoir\nsuffisamment de revenu pour acheter toute la production. Certes, de mauvaises\npr\u00e9visions peuvent causer des exc\u00e8s sur un march\u00e9 mais ils sont compens\u00e9s par\nun d\u00e9s\u00e9quilibre inverse sur un autre march\u00e9. La surproduction ne peut donc pas\n\u00eatre g\u00e9n\u00e9rale. Pourtant la r\u00e9alit\u00e9 semble r\u00e9sister \u00e0 cette logique.<\/p>\n\n\n\n<p>La\npremi\u00e8re \u00e9tude approfondie du cycle des affaires date du d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle\net est le fait d\u2019Albert Aftalion (1874-1956), un \u00e9conomiste h\u00e9t\u00e9rodoxe. Des\ngrandes figures n\u00e9oclassiques se sont aventur\u00e9es dans la macro\u00e9conomie,\nprincipalement Wicksell, Fisher et Pigou. Ils se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la monnaie\net \u00e0 l\u2019inflation, mais pas au ch\u00f4mage et \u00e0 la production. Entretemps, les\n\u00e9conomistes disposaient d\u2019une version alg\u00e9brique de <em>la loi des d\u00e9bouch\u00e9<\/em>s, appel\u00e9e \u00ab&nbsp;Loi de Walras&nbsp;\u00bb bas\u00e9e sur\nla m\u00eame id\u00e9e que l\u2019interd\u00e9pendance des march\u00e9s repr\u00e9sente un processus \u00e0 somme\nnulle&nbsp;: les \u00e9carts n\u00e9gatifs doivent \u00eatre compens\u00e9s par des \u00e9carts\npositifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis\nest arriv\u00e9e la grande d\u00e9pression des ann\u00e9es trente et dans son sillage la\nr\u00e9volution keyn\u00e9sienne. John Manyard Keynes (1883-1946) avait d\u00e9j\u00e0 pas mal\npubli\u00e9 auparavant, mais sa \u00ab&nbsp;Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb (1936) rompt avec\nl\u2019orthodoxie en montrant que le <em>laisser\nfaire<\/em> peut mener au sous-emploi et que la solution peut r\u00e9sider dans\nl\u2019intervention de l\u2019Etat. La th\u00e9orie keyn\u00e9sienne est en dehors de notre sujet.\nCe qui importe ici, c\u2019est le bouleversement de la macro\u00e9conomie qui en est\nr\u00e9sult\u00e9. Les tenants du <em>laisser faire<\/em>\nne peuvent plus se contenter d\u2019ignorer les fluctuations de la production et le\nch\u00f4mage. Il faut maintenant montrer que ceux qui veulent combattre ces maux par\nla <em>politique mon\u00e9taire<\/em> ou la <em>politique budg\u00e9taire<\/em> sont au mieux impuissants\net au pire aggravent la situation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nmouvement anti-keyn\u00e9sien est venu en deux vagues&nbsp;: d\u2019abord, les \u00ab&nbsp;<strong>mon\u00e9taristes<\/strong>&nbsp;\u00bb avec Milton\nFriedman (1912-2006) \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1950. Puis les \u00ab&nbsp;<strong>nouveaux classiques&nbsp;<\/strong>\u00bb avec Robert\nLucas (1937-) \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Tous les \u00e9conomistes de ces\n\u00e9coles sont profond\u00e9ment n\u00e9oclassiques. Milton Friedman est plut\u00f4t disciple de\nMarshall et de Fisher&nbsp;; Lucas plut\u00f4t de Walras. L\u2019un des leitmotivs des\nnouveaux classiques est pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019assurer les \u00ab&nbsp;microfondations&nbsp;\u00bb\n\u00e0 la macro\u00e9conomie&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019\u00e9riger les th\u00e9or\u00e8mes de la micro\u00e9conomie\nen fondation de ceux de la macro\u00e9conomie. Une pr\u00e9tention en contradiction avec\nl\u2019optique de Keynes qui voulait assurer une certaine autonomie \u00e0 la macro\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em> pr\u00e9sente une analyse\nstatique. Elle ne peut donc suffire \u00e0 expliquer le cycle, qui est un processus\ndynamique, mais elle offre des cl\u00e9s de compr\u00e9hension. Des \u00e9conomistes\nkeyn\u00e9siens ont voulu lui apporter un compl\u00e9ment dynamique. Ainsi, Samuelson et\nHicks se sont empar\u00e9s du concept d\u2019Aftalion, l\u2019<em>acc\u00e9l\u00e9ration de la demande d\u00e9riv\u00e9e <\/em>qu\u2019ils ont combin\u00e9 avec le <em>multiplicateur<\/em> keyn\u00e9sien pour expliquer\nle cycle conjoncturel. L\u2019<em>acc\u00e9l\u00e9rateur<\/em>,\nc\u2019est l\u2019id\u00e9e que les fluctuations l\u00e9g\u00e8res de la demande de biens de\nconsommation g\u00e9n\u00e8rent des fluctuations amplifi\u00e9es de la demande de biens\nd\u2019investissement. L\u2019\u00e9conomie est alors en proie \u00e0 des convulsions\noscillatoires. Mais ce n\u2019est pas ce sujet qui opposait keyn\u00e9siens et\nmon\u00e9taristes. N\u00e9gligeant ces processus dynamiques essentiels, le d\u00e9bat\ns\u2019enflammait \u00e0 propos questions subalternes comme la trop fameuse \u00ab&nbsp;courbe\nde Phillips&nbsp;\u00bb. Cette courbe d\u2019inspiration keyn\u00e9sienne reconna\u00eet \u00e0 l\u2019Etat un\npouvoir d\u2019arbitrage entre le ch\u00f4mage et l\u2019inflation, avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019une\ninflation mod\u00e9r\u00e9e permet de combattre le pire des deux maux, le ch\u00f4mage. Les\nantikeyn\u00e9siens ni\u00e8rent la r\u00e9alit\u00e9 de cet arbitrage. Pour les <em>mon\u00e9taristes<\/em>, apr\u00e8s une br\u00e8ve\ndiminution, le ch\u00f4mage retourne \u00e0 son <em>taux\nnaturel<a href=\"#_ftn15\"><strong>[15]<\/strong><\/a><\/em>,\nun de leurs concepts essentiels. Mais l\u2019inflation ne se r\u00e9sorbe pas&nbsp;; d\u2019o\u00f9\nla lutte contre le ch\u00f4mage aboutit \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration sans fin de l\u2019inflation.\nLe sc\u00e9nario est encore pire chez les <em>nouveaux\nclassiques<\/em>&nbsp;: l\u2019inflation ne stimule l\u2019\u00e9conomie et l\u2019emploi que si elle\nn\u2019\u00e9tait pas anticip\u00e9e par les agents \u00e9conomiques. En vertu de l\u2019hypoth\u00e8se des \u00ab&nbsp;anticipations\nrationnelles&nbsp;\u00bb qui sert d\u2019\u00e9tendard \u00e0 cette \u00e9cole, les agents ne font pas\nd\u2019erreurs syst\u00e9matiques dans leurs anticipations. Pour r\u00e9ussir sa relance, la\nbanque centrale doit donc les surprendre, les prendre en tra\u00eetre. Il s\u2019agit\nd\u2019ailleurs d\u2019une fausse r\u00e9ussite, puisque le taux de ch\u00f4mage reviendra\ninexorablement \u00e0 son niveau naturel. Comme on le voit, toute politique visant \u00e0\nfaire r\u00e9gresser le ch\u00f4mage est appel\u00e9e \u00e0 \u00e9chouer.<\/p>\n\n\n\n<p>A\nla fin du XX\u00e8me si\u00e8cle, les <em>nouveaux\nclassiques<\/em> sont devenus l\u2019\u00e9cole dominante en macro\u00e9conomie. Sur quelle base\nces \u00e9conomistes nient-ils que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire puisse stimuler l\u2019\u00e9conomie&nbsp;?\nPour le comprendre, il faut d\u2019abord visualiser comment ils s\u2019imaginent qu\u2019elle\ny parviendrait si c\u2019\u00e9tait possible. Elle y parviendrait par ce que les\nn\u00e9oclassiques appellent l\u2019<em>illusion\nmon\u00e9taire<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire le fait que les agents se sentent plus riches ou\nsur\u00e9valuent les opportunit\u00e9s de gain lorsque leur <em>encaisse nominale<\/em> augmente alors que l\u2019augmentation concomitante\ndes prix fait stagner l\u2019<em>encaisse r\u00e9elle<\/em>.\nEvidemment, les agents rationnels n\u00e9oclassiques ne sont pas sujets \u00e0 l\u2019illusion\nmon\u00e9taire<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>,\net d\u2019autant moins lorsqu\u2019on fait jouer l\u2019hypoth\u00e8se des <em>anticipations rationnelles<\/em>. Donc, si les autorit\u00e9s arrosent\nl\u2019\u00e9conomie de monnaie, les salari\u00e9s, comprenant qu\u2019une hausse du niveau g\u00e9n\u00e9ral\ndes prix les attend, vont augmenter <em>leur\nsalaire de r\u00e9serve&nbsp;<\/em>; c\u2019est ainsi que les \u00e9conomistes appellent le\nniveau de salaire minimal pour inciter \u00e0 entrer sur le march\u00e9 du travail. La\nmonnaie suppl\u00e9mentaire servira \u00e0 faire la m\u00eame chose qu\u2019avant avec des prix sup\u00e9rieurs.\nBref, un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e dans l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\n<em>nouveaux classiques<\/em> consid\u00e8rent que l\u2019hypoth\u00e8se\ndes <em>anticipations rationnelles<\/em> est\nleur hypoth\u00e8se principale, mais il n\u2019en est rien&nbsp;; il s\u2019agirait plut\u00f4t\nd\u2019une hypoth\u00e8se paravent qui cache leurs deux hypoth\u00e8ses principales&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>La <em>th\u00e9orie quantitative de la monnaie<\/em>. Elle part de l\u2019\u00e9quation\nfish\u00e9rienne<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>\nbien connue MV&nbsp;=&nbsp;TP. La <em>masse\nmon\u00e9taire<\/em> multipli\u00e9e par sa <em>vitesse\nde circulation<\/em> \u00e9gale la production r\u00e9elle multipli\u00e9e par le niveau g\u00e9n\u00e9ral\ndes prix. Mais elle ne se limite pas \u00e0 cette \u00e9quation. Elle affirme que c\u2019est\nle membre de droite qui est fonction du membre de gauche et non l\u2019inverse et\nque <em>V<\/em> et <em>T<\/em> sont exog\u00e8nes (fix\u00e9es par ailleurs). Pourquoi&nbsp;? Par\nhypoth\u00e8se. Reste donc que <em>M<\/em> d\u00e9termine\n<em>P<\/em>.<\/li><li>Tous les march\u00e9s sont toujours \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre.\nLes d\u00e9s\u00e9quilibres sont des accidents al\u00e9atoires dont la th\u00e9orie n\u2019a pas \u00e0 tenir\ncompte autrement que comme un simple \u00ab&nbsp;bruit&nbsp;\u00bb dans ses \u00e9quations stochastiques.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Keynes\navait \u00e9galement consacr\u00e9 un chapitre de la <em>Th\u00e9orie\nG\u00e9n\u00e9rale<\/em> \u00e0 la <em>th\u00e9orie quantitative<\/em>,\nmais son interpr\u00e9tation de l\u2019\u00e9quation est totalement diff\u00e9rente. L\u2019effet d\u2019une\nvariation de <em>M<\/em> d\u00e9pend de l\u2019\u00e9tat de la\n<em>demande globale<\/em> qui est le moteur de\nl\u2019\u00e9conomie. Si elle est an\u00e9mique, l\u2019injection de monnaie stimulera la demande\nsur les march\u00e9s et mettra des inactifs au travail. La variation de <em>M <\/em>se transmet alors principalement \u00e0 <em>T<\/em>. Au fur et \u00e0 mesure que la demande\naugmente et avec elle l\u2019activit\u00e9, les variations de <em>M <\/em>se transmettront de moins en moins \u00e0 <em>T <\/em>et de plus en plus \u00e0 <em>P<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon ses\npromoteurs, l\u2019hypoth\u00e8se des <em>anticipations\nrationnelles<\/em> a pour corollaire que les anticipations des agents\ncorrespondent \u00e0 ce qu\u2019\u00e9nonce la th\u00e9orie pertinente<a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>. Mais\nde quelle th\u00e9orie s\u2019agit-il&nbsp;? La <em>th\u00e9orie\nquantitative<\/em>, bien-s\u00fbr et pas dans sa version keyn\u00e9sienne. Il ne faut donc\npas s\u2019\u00e9tonner que les <em>anticipations\nrationnelles<\/em> aboutissent toujours \u00e0 d\u00e9daigner les signaux mon\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque\ntous les march\u00e9s y compris celui du travail sont toujours \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre, il n\u2019y\na jamais d\u2019\u2019offre exc\u00e9dentaire de travail. Le ch\u00f4mage n\u2019est donc pas subi par\nceux qu\u2019il touche mais choisi. \u00ab&nbsp;Choisi&nbsp;\u00bb ne signifie pas\nn\u00e9cessairement qu\u2019ils ne souhaitent pas travailler. L\u2019explication la plus\ncommune est qu\u2019ils surestiment le salaire d\u2019\u00e9quilibre et continuent \u00e0 chercher\nun emploi leur offrant le salaire plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019ils imaginent pr\u00e9valoir. C\u2019est\nainsi que l\u2019ancienne th\u00e8se de l\u2019impossibilit\u00e9 du ch\u00f4mage involontaire continue de\nr\u00e9gner.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Cette th\u00e9orie, sert-elle le\ncapitalisme&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On comprend\nen quoi cette conception flatte le capitalisme. En fait, le syst\u00e8me ne serait\njamais responsable s\u2019il y a du ch\u00f4mage. Les ch\u00f4meurs n\u2019ont qu\u2019\u00e0 s\u2019en prendre \u00e0\neux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>La question\ndu ch\u00f4mage est li\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique dite de la \u00ab&nbsp;rigidit\u00e9 des salaires&nbsp;\u00bb.\nLes \u00e9conomistes distinguent le <em>salaire\nnominal<\/em>, mesur\u00e9 en unit\u00e9s mon\u00e9taires et le <em>salaire r\u00e9el<\/em> qui tient compte du niveau des prix et ne varie par\nexemple pas lorsque le <em>salaire nominal<\/em>\net les prix \u00e9voluent au m\u00eame rythme. Il y a donc deux types de rigidit\u00e9&nbsp;:\nla <em>rigidit\u00e9 nominale<\/em> et la <em>rigidit\u00e9 r\u00e9elle<\/em>. Le prix dont les ajustements\ndoivent \u00e9quilibrer le march\u00e9 du travail est \u00e9videmment le <em>salaire r\u00e9el<\/em> et non le <em>salaire\nnominal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>Th\u00e9orie G\u00e9n\u00e9rale<\/em> consid\u00e8re que le <em>salaire nominal<\/em> est rigide. Keynes\nraisonne ainsi&nbsp;: les salari\u00e9s pr\u00e9f\u00e8rent perdre du pouvoir d\u2019achat par une\naugmentation du niveau g\u00e9n\u00e9ral des prix que par une baisse du <em>salaire nominal<\/em>, car la premi\u00e8re met\ntous les salari\u00e9s sur pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 alors que la seconde menace la place du\nsalaire individuel dans la hi\u00e9rarchie des salaires. Mais il n\u2019y est pas\nquestion de rigidit\u00e9 du <em>salaire r\u00e9el<\/em>.\nPar contre, les tenants de la macro\u00e9conomie classique ont mont\u00e9 en \u00e9pingle la\nrigidit\u00e9 du <em>salaire r\u00e9el<\/em>. &nbsp;Ce sont ces rigidit\u00e9s qui emp\u00eachent le syst\u00e8me\nd\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre. Quelle est l\u2019origine de ces rigidit\u00e9s&nbsp;? Le plus\nsouvent, des facteurs institutionnels et politiques sont incrimin\u00e9s. Par\nexemple des politiques gouvernementales inappropri\u00e9es ou le syndicalisme.\nL\u2019id\u00e9e est toujours de pr\u00e9server l\u2019innocence du syst\u00e8me \u00e9conomique en soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne fait\naucun doute que des facteurs institutionnels peuvent perturber le syst\u00e8me, mais\nl\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse des <em>nouveaux classiques<\/em>\nest qu\u2019en dehors de ce type de perturbations, l\u2019\u00e9conomie est toujours \u00e0\nl\u2019\u00e9quilibre, une affirmation mille fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e mais jamais prouv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3>2.2- Une th\u00e9orie du cycle conjoncturel<\/h3>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les mod\u00e8les macro\u00e9conomiques \u00e9voqu\u00e9s \u00e9taient\nstatiques, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019<em>acc\u00e9l\u00e9ration\nde la demande d\u00e9riv\u00e9e<\/em>. Mais le ch\u00f4mage \u00e9tant en grande partie conjoncturel,\nil est \u00e9vident qu\u2019il ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 compl\u00e8tement que par une th\u00e9orie\ndynamique. Il faut attendre 1982 pour que les <em>nouveaux classiques<\/em> \u00e9chafaudent puis d\u00e9veloppent une th\u00e9orie du\ncycle des affaires. C\u2019est un article de Finn Kydland (1943\u2011) et Edward Prescott\n(1940\u2011) qui lance la th\u00e9orie dite du \u00ab&nbsp;cycle r\u00e9el&nbsp;\u00bb, en abr\u00e9g\u00e9 RBC (<em>real business cycle<\/em>). Le lecteur\ns\u2019interroge sans doute quant \u00e0 la pr\u00e9sence de l\u2019adjectif \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb\ndans cette d\u00e9nomination. Elle indique que la cause du cycle est \u00e0 trouver dans\nle secteur r\u00e9el de l\u2019\u00e9conomie, celui qui produit, et non dans la monnaie, dont\non sait que les nouveaux classiques sont tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 la th\u00e8se de sa <em>neutralit\u00e9<\/em>. <em>M<\/em> n\u2019est cens\u00e9 influencer que <em>P<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour bien\ncomprendre cette th\u00e9orie, remettons-la dans son contexte. Les deux aspects\ndynamiques de la macro\u00e9conomie sont la croissance et la conjoncture. La th\u00e9orie\nn\u00e9oclassique de la croissance avait pris un peu d\u2019avance sur celle du cycle\nconjoncturel. Les ann\u00e9es 1960 ont vu \u00e9merger plusieurs mod\u00e8les qui cherchaient\n\u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 d\u00e9terminer une esp\u00e8ce d\u2019\u00e9quilibre dynamique, c\u2019est-\u00e0-dire une relation\nentre les grandes variables macro\u00e9conomiques<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a> qui\npermette au revenu national, au capital et \u00e0 la consommation d\u2019augmenter de\nconcert \u00e0 un taux constant d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, tout en maximisant soit la\nconsommation soit l\u2019utilit\u00e9 sociale dans le futur. Les \u00e9conomistes appellent \u00ab&nbsp;\u00e2ge\nd\u2019or \u00bb ou \u00ab&nbsp;steady state \u00bb une situation caract\u00e9ris\u00e9e par cette continuit\u00e9\ntranquille et \u00ab r\u00e8gle d\u2019or \u00bb la relation entre les variables qui permet de\nmaximiser la consommation d\u2019un <em>\u00e2ge d\u2019or<\/em>.\nLa croissance du revenu d\u00e9pend de deux facteurs&nbsp;: le progr\u00e8s technique et l\u2019<em>intensit\u00e9 capitalistique <\/em>(rapport\ncapital\/travail) qui r\u00e9sulte de l\u2019accumulation du capital. &nbsp;Beaucoup de mod\u00e8les tendaient \u00e0 privil\u00e9gier le\nsecond par rapport au premier&nbsp;; le taux d\u2019investissement y joue donc un\nr\u00f4le crucial.<\/p>\n\n\n\n<p>Les RBC\nentendent greffer sur un mod\u00e8le de ce type le ph\u00e9nom\u00e8ne qui bousculera l\u2019ordre\nde l\u2019<em>\u00e2ge d\u2019or<\/em>, qui y introduira les\nfluctuations. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, c\u2019est le progr\u00e8s technique et plus pr\u00e9cis\u00e9ment une\nhypoth\u00e8se \u00e0 son sujet, en l\u2019occurrence le fait qu\u2019on lui pr\u00eate un caract\u00e8re\nerratique. Pour d\u00e9signer ces variations al\u00e9atoires, les \u00e9conomistes parlent de\n\u00ab&nbsp;chocs technologiques&nbsp;\u00bb. Comme il s\u2019agit de mod\u00e8les dynamiques, le\ntemps est d\u00e9coup\u00e9 en p\u00e9riodes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mod\u00e8le\nRBC de base s\u2019articule autour de deux fonctions appartenant chacune \u00e0 une\ncat\u00e9gorie dont les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques raffolent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol><li>Une <em>fonction de production<\/em> de type Cobb-Douglas. Elle comprend\nles deux ingr\u00e9dients habituels d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s plus haut, la main d\u2019\u0153uvre et le\ncapital ainsi qu\u2019un facteur \u03bb qui les multiplie et qui repr\u00e9sente le progr\u00e8s\ntechnique&nbsp;: lui-m\u00eame se d\u00e9compose en plusieurs sous-facteurs&nbsp;: une\ncomposante constante, une composante al\u00e9atoire mais \u00e0 effet durable et une\ncomposante al\u00e9atoire tr\u00e8s temporaire. Le caract\u00e8re al\u00e9atoire est accru par le\nfait que les agents n\u2019ont qu\u2019une perception brouill\u00e9e de ces chocs.<\/li><li>Une <em>fonction d\u2019utilit\u00e9 intertemporelle<\/em> (c\u2019-\u00e0-d. portant sur une\nlongue dur\u00e9e, en fait infinie) qui est \u00e0 la fois celle d\u2019un m\u00e9nage\nrepr\u00e9sentatif et de l\u2019ensemble de la population. L\u2019utilit\u00e9 d\u00e9pend positivement\nde la consommation et du temps de loisir, qui est le temps de non-travail.\nL\u2019offre de travail varie positivement avec sa r\u00e9mun\u00e9ration et, par-l\u00e0, avec la\nproductivit\u00e9 et donc avec les chocs technologiques positifs, ce qui met nos\ndeux fonctions en interaction. Un param\u00e8tre essentiel de cette fonction est ce\nque les \u00e9conomistes appellent \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de substitution intertemporelle\ndu loisir&nbsp;\u00bb, c\u2019-\u00e0-d. la facilit\u00e9 avec laquelle les m\u00e9nages alt\u00e8rent leur\nr\u00e9partition du temps entre le loisir et le travail d\u2019une p\u00e9riode \u00e0 l\u2019autre. Les\nmod\u00e8les RBC postulent que cette \u00e9lasticit\u00e9 est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e, autrement dit que\nles m\u00e9nages sont flexibles dans leur emploi du temps.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Ces deux\nfonctions sont maximis\u00e9es selon les r\u00e8gles n\u00e9oclassiques habituelles, ce qui\nd\u00e9termine les actions des agents&nbsp;: offre de travail, \u00e9pargne et\ninvestissement, consommation. L\u2019id\u00e9e qui sous-tend l\u2019ensemble est qu\u2019un choc\ntechnologique positif pousse les m\u00e9nages \u00e0 travailler plus cette p\u00e9riode pour\nprofiter de ce que le travail est plus r\u00e9mun\u00e9rateur&nbsp;; les chocs n\u00e9gatifs\nont l\u2019effet inverse. Durant toutes les p\u00e9riodes, tous les march\u00e9s restent en\n\u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce syst\u00e8me\nest transpos\u00e9 dans un travail \u00e9conom\u00e9trique. Les \u00e9conomistes\n\u00ab&nbsp;calibrent&nbsp;\u00bb le mod\u00e8le en donnant des valeurs plausibles \u00e0 ses\ndiff\u00e9rents param\u00e8tres et simulent des chocs technologiques. Ils examinent\nensuite si les variables du mod\u00e8le se comportent comme les variables\n\u00e9quivalentes dans les s\u00e9ries statistiques r\u00e9elles. Kydland et Prescott furent\nplut\u00f4t satisfaits de la validation empirique, tout en reconnaissant que le\nmod\u00e8le sous-estime la variabilit\u00e9 des heures prest\u00e9es, une lacune commune \u00e0 la\nplupart des mod\u00e8les RBC.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Les mod\u00e8les RBC, servent-ils le\ncapitalisme&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les\ntr\u00e8s d\u00e9rangeantes fluctuations du revenu national se voient d\u00e9signer un\ncoupable&nbsp;: le hasard. Le hasard des <em>chocs\ntechnologiques<\/em>. Un hasard qui s\u2019impose de l\u2019ext\u00e9rieur et contre lequel on\nne peut rien. On ne va quand-m\u00eame pas renoncer au progr\u00e8s technique pour\n\u00e9chapper au cycle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nsyst\u00e8me capitaliste ne fait montre d\u2019aucune faille. Et le ch\u00f4mage&nbsp;? M\u00eame\npas. Il n\u2019y a pas de ch\u00f4mage involontaire. Il y a juste une volont\u00e9 des\ntravailleurs de privil\u00e9gier les loisirs lorsque les chocs technologiques\nrendent le travail moins rentable.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nfait l\u2019\u00e9conomie est toujours \u00e0 l\u2019optimum. L\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral exprime la\ncompatibilit\u00e9 des actions que prennent les agents pour maximiser chacun son\nutilit\u00e9. &nbsp;Ind\u00e9pendamment de son caract\u00e8re\napolog\u00e9tique, l\u2019affirmation d\u2019une optimalit\u00e9 permanente heurte le bon sens qui\nne peut que constater une perte de bien-\u00eatre pendant les crises.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Y a-t-il acharnement\nd\u00e9monstratif&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve le d\u00e9faut habituel des <em>nouveaux classiques<\/em>. L\u2019\u00e9quilibre est postul\u00e9 alors qu\u2019il ne devrait\nintervenir que comme r\u00e9sultat du processus.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nadversaires des mod\u00e8les RBC ont \u00e9pingl\u00e9 les faiblesses suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Une <em>substitution intertemporelle<\/em> du travail (ou du loisir) tr\u00e8s <em>\u00e9lastique<\/em> est au centre du m\u00e9canisme de\npropagation. Mais les \u00e9tudes empiriques ne confirment pas l\u2019ampleur conf\u00e9r\u00e9e \u00e0\ncette variable par les mod\u00e8les RBC. De m\u00eame, les variations du salaire sur le\ncycle semblent bien mod\u00e9r\u00e9es pour g\u00e9n\u00e9rer des variations du temps de travail\naussi amples.<\/li><li>Les mod\u00e8les RBC impliquent la <em>neutralit\u00e9 de la monnaie<\/em>.<\/li><li>Le <em>calibrage<\/em> pose question. Les mod\u00e8les sont trop \u00e9lastiques pour que\nleur test empirique soit parfaitement cr\u00e9dible. Il y a trop de libert\u00e9 dans le\nchoix des param\u00e8tres et des formes fonctionnelles. Les \u00e9quations peuvent\ns\u2019adapter trop facilement aux donn\u00e9es empirique.<\/li><li>Les <em>chocs technologiques<\/em> sont eux-aussi critiqu\u00e9s. Comme l\u2019Arl\u00e9sienne,\ntout le monde en parle mais on ne les voit pas. Il est tr\u00e8s difficile de les\nconstater concr\u00e8tement et plus encore de les lier aux phases du cycle\n\u00e9conomique que la r\u00e9alit\u00e9 empirique r\u00e9v\u00e8le. Par exemple, quel choc n\u00e9gatif\nserait-il \u00e0 l\u2019origine de la grande d\u00e9pression de 1929 ou de celle de\n2008&nbsp;? Prescott pr\u00e9tend que le \u00ab&nbsp;r\u00e9sidu de Solow&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>, tr\u00e8s\nprocyclique, offre une mesure empirique des <em>chocs\ntechnologiques<\/em>. Ce que contestent ses adversaires&nbsp;: d\u2019autres facteurs\ninterviennent dans le <em>r\u00e9sidu de Solow<\/em>,\ncomme le fait qu\u2019en basse conjoncture, les entreprises conservent g\u00e9n\u00e9ralement\ndu personnel sous-employ\u00e9, ce que les \u00e9conomistes appellent la \u00ab&nbsp;r\u00e9tention\nde main d\u2019\u0153uvre&nbsp;\u00bb.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong><em>Une\nth\u00e9orie du cycle plus ancienne&nbsp;: les Autrichiens<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus d\u2019un\ndemi-si\u00e8cle avant les RBC, l\u2019\u00e9cole autrichienne produisit en pr\u00e9curseur une\npremi\u00e8re th\u00e9orie n\u00e9oclassique du cycle. Dans des ouvrages parus en 1929 et 1931,\nFriedrich Hayek (1899-1992) \u00e9nonce une <strong>th\u00e9orie\nmon\u00e9taire du cycle<\/strong>. La cause essentielle du cycle est \u00e0 trouver dans\nl\u2019exc\u00e8s de cr\u00e9dit mon\u00e9taire offert par les banques \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Il est curieux\nde constater \u00e0 quel point deux th\u00e9ories n\u00e9oclassiques peuvent s\u2019opposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une\nd\u00e9pression, les banques se laissent aller \u00e0 l\u2019exc\u00e8s de cr\u00e9dit, principalement \u00e0\ndestination du secteur productif. Le cr\u00e9dit est en exc\u00e8s lorsque pour trouver\ndes emprunteurs, les banques abaissent leur taux d\u2019int\u00e9r\u00eat (dit <em>taux mon\u00e9taire<\/em>) en dessous du <em>taux naturel<\/em> correspondant \u00e0 la\nrentabilit\u00e9 du capital productif. Ceci stimule la demande aux industries\nproduisant des \u00e9quipements. Les prix relatifs de ces biens augmentent et leur\nproduction s\u2019\u00e9l\u00e8ve, d\u00e9tournant des ressources affect\u00e9es ant\u00e9rieurement aux\nbiens de consommation. Dans le langage des Autrichiens, on assiste \u00e0 l\u2019allongement\ndes <em>d\u00e9tours de la production<\/em>\n(accroissement de l\u2019intensit\u00e9 capitalistique). L\u2019offre de biens de consommation\npeine \u00e0 suivre leur demande stimul\u00e9e par la reprise&nbsp;; leur prix s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0\nson tour par rapport \u00e0 celui des biens de production. Cette hausse motive les\nentreprises \u00e0 plus investir dans les biens de consommation au d\u00e9triment des\nbiens de production. Maintenant, les <em>d\u00e9tours\nde la production<\/em> se raccourcissent. Hayek note une asym\u00e9trie&nbsp;:\nl\u2019allongement des d\u00e9tours stimule l\u2019emploi&nbsp;; son raccourcissement le fait\nchuter, car les engagements dans le secteur des \u00e9quipements ne compensent pas\nles licenciements dans le secteur de la consommation. C\u2019est le retournement\nconjoncturel&nbsp;: l\u2019allongement de la <em>p\u00e9riode\nde production<\/em> avait provoqu\u00e9 l\u2019expansion&nbsp;; son raccourcissement cause\nla d\u00e9pression. Cette suite de gonflements et d\u00e9gonflements de l\u2019intensit\u00e9\ncapitalistique au gr\u00e9 du cycle sera appel\u00e9 \u00ab&nbsp;effet d\u2019accord\u00e9on&nbsp;\u00bb par\nNicholas Kaldor, adversaire de cette th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sc\u00e9nario\ne\u00fbt \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent si l\u2019accroissement initial des investissements avait \u00e9t\u00e9 financ\u00e9\npar une \u00e9pargne volontaire en lieu et place du cr\u00e9dit. La demande des biens de\nconsommation ne se serait pas accrue dans la deuxi\u00e8me phase car consommer moins\ne\u00fbt \u00e9t\u00e9 un choix. Par contre, le cr\u00e9dit a impos\u00e9 aux consommateurs ce qu\u2019Hayek\nappelle une \u00ab&nbsp;\u00e9pargne forc\u00e9e&nbsp;\u00bb, par la hausse des prix des biens de\nconsommation qu\u2019il a induite. Le cr\u00e9dit mon\u00e9taire est dangereux car il cr\u00e9e des\nincitations aux entreprises et aux consommateurs qui sont en porte \u00e0 faux avec\nles forces r\u00e9elles de l\u2019\u00e9pargne et de la productivit\u00e9. Il faut veiller \u00e0\nperturber ces forces fondamentales le moins possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e9orie, sert-elle le capitalisme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ici encore,\nle c\u0153ur du syst\u00e8me capitaliste, le secteur productif, est\n\u00ab&nbsp;innocent\u00e9&nbsp;\u00bb. Certes, les banques appartiennent \u00e9galement au\nsyst\u00e8me, mais leurs exc\u00e8s peuvent s\u2019expliquer par la politique mon\u00e9taire trop\naccommodante de la banque centrale, c\u00e9dant \u00e0 la d\u00e9magogie des politiciens qui veulent\nrelancer l\u2019\u00e9conomie pour des raisons \u00e9lectoralistes. Aux yeux de Hayek,\nl\u2019inflation est pire que le ch\u00f4mage. Le coupable est donc au moins un peu le\npolitique qui, aux yeux de Hayek, fait tout mal alors que le march\u00e9 fait tout\nbien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Irving\nFisher, la dette et la d\u00e9flation<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019est\nimpossible d\u2019\u00eatre exhaustif. Les th\u00e9ories du cycle sont plus nombreuses qu\u2019il\nne m\u2019est possible d\u2019en rendre compte. Parmi elles, l\u2019objectivit\u00e9 commande de\nrapporter un exemple positif. Irving Fisher (1867-1947) est un des plus grands\n\u00e9conomistes n\u00e9oclassiques. En octobre 1929, il proph\u00e9tisait encore qu\u2019une chute\nconsid\u00e9rable des cours de bourse \u00e9tait impossible et que ceux-ci s\u2019\u00e9l\u00e8veraient\nencore d\u2019ici quelques mois. On sait ce qu\u2019il en advint et, comme tant d\u2019autres,\nlui-m\u00eame essuya personnellement des pertes ruineuses. L\u2019\u00e9preuve le rendit plus\nraisonnable. En 1933, il publia un article \u00e9non\u00e7ant une th\u00e9orie du cycle tr\u00e8s\nint\u00e9ressante qui explique celui-ci par la combinaison de la d\u00e9flation et de\nl\u2019endettement priv\u00e9 excessif.<\/p>\n\n\n\n<h3>2.3- L\u2019efficience des march\u00e9s financiers<\/h3>\n\n\n\n<p>Les march\u00e9s\nfinanciers sont l\u2019une des bases du capitalisme. Ils sont le lieu o\u00f9 se n\u00e9gocie\net se d\u00e9termine la valeur d\u2019un des deux facteurs de production g\u00e9n\u00e9riques, qui\nplus est, le facteur de production-roi. Il est donc essentiel que ce morceau de\nfondation du syst\u00e8me fonctionne bien, faute de quoi il pourrait engendrer des\nd\u00e9r\u00e8glements \u00e9conomiques graves, par exemple des bulles sp\u00e9culatives. Mais\nqu\u2019est-ce que bien fonctionner pour un march\u00e9 financier&nbsp;? Le prix des\nactifs d\u00e9termine pour l\u2019investisseur son rendement et pour la firme le co\u00fbt du\nfinancement. Pour qu\u2019il induise les bonnes d\u00e9cisions, il faut qu\u2019il se situe au\njuste niveau. Selon les \u00e9conomistes, le niveau optimal correspond \u00e0 la somme\ndes dividendes futurs actualis\u00e9s \u00e0 un taux qui inclut une prime, fonction du\nrisque de l\u2019actif. Les dividendes futurs n\u2019\u00e9tant pas connus, c\u2019est \u00e9videmment\nd\u2019une estimation de ceux-ci qu\u2019il s\u2019agit.<\/p>\n\n\n\n<p>Eugene Fama, l\u2019initiateur de ce concept, \u00e9crit&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;A market in which prices always \u2018fully reflect\u2019 available information is\ncalled<strong><em> \u2018efficient\u2019<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. S\u2019il\nen est ainsi, les cours de bourse ne fluctuent que parce qu\u2019arrivent de\nnouvelles informations. Dans cet article publi\u00e9 en 1970, il tente une synth\u00e8se\ndes \u00e9tudes empiriques qui testent ce crit\u00e8re et le conclut, optimiste&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;In short, the evidence in support of the efficient markets model is\nextensive (and somewhat uniquely in economics) contradictory evidence is\nsparse&nbsp;\u00bb. L\u2019hypoth\u00e8se des march\u00e9s efficients (HME) est largement partag\u00e9e\nparmi les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement,\nl\u2019HME appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois de fa\u00e7on implicite dans un article publi\u00e9\nen 1964 par William Sharpe o\u00f9 il expose son \u00ab&nbsp;Capital Asset Pricing\nModel&nbsp;\u00bb. La conclusion fondamentale est\nque&nbsp;\u201c(The investor) may obtain a higher expected rate of return on his\nholdings only by incurring additional risk\u201d. Pour que\ncette affirmation soit vraie, il faut en effet que les prix des actifs soient\naussi parfaits que le permet l\u2019information dont disposent les investisseurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019HME, sert-elle le\ncapitalisme&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette\nhypoth\u00e8se n\u2019apporte certes pas au capitalisme une justification existentielle,\nmais elle d\u00e9douane le march\u00e9 des capitaux de toute responsabilit\u00e9 dans les\naccidents \u00e9conomiques possibles, ce qui est tout \u00e0 l\u2019avantage du syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Y a-t-il acharnement\nd\u00e9monstratif&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour\nobtenir ses conclusions, Sharpe est amen\u00e9 \u00e0 formuler une double\nhypoth\u00e8se&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Tous les investisseurs formulent\ndes estimations identiques quant au rendement et au risque futurs des tous les\nactifs. Implicitement, cela revient \u00e0 dire que tous sont dou\u00e9s de la capacit\u00e9\nde pr\u00e9vision parfaite, car il n\u2019est \u00e9videmment pas sous-entendu qu\u2019ils\ncommettent tous la m\u00eame erreur.<\/li><li>Tous les investisseurs peuvent\npr\u00eater et emprunter \u00e0 un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat (sans risque) unique.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ces hypoth\u00e8ses\nsont \u00e9videmment irr\u00e9alistes comme le reconna\u00eet d\u2019ailleurs l\u2019auteur, mais c\u2019est\nun principe assum\u00e9 chez les \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques de consid\u00e9rer le r\u00e9alisme\ndes hypoth\u00e8ses comme secondaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment les\n\u00e9conomistes \u00e9valuent-ils le risque d\u2019un actif&nbsp;? Un peu de statistique est\nn\u00e9cessaire pour le comprendre. Prenons les observations pass\u00e9es du rendement de\nl\u2019actif <em>X<\/em> (une vingtaine ou une\ncentaine d\u2019occurrences par exemple). Pour synth\u00e9tiser cet ensemble de donn\u00e9es,\non a deux param\u00e8tres essentiels&nbsp;: la moyenne et l\u2019\u00e9cart-type. La moyenne,\nje pr\u00e9sume que tout le monde en conna\u00eet le principe. L\u2019\u00e9cart-type, c\u2019est\nl\u2019\u00e9cartement moyen par rapport \u00e0 la moyenne. Un \u00e9cart-type plus \u00e9lev\u00e9 signifie\nque la variabilit\u00e9, la dispersion est plus grande. Les \u00e9conomistes en ont fait\nla variable qui mesure le risque.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce proc\u00e9d\u00e9\nme para\u00eet critiquable, car il mesure un type de risque, le d\u00e9sagr\u00e9ment de\nvariations amples dans le revenu. Mais ce que craignent le plus les\ninvestisseurs, c\u2019est de subir des pertes. Pertes parce que l\u2019entreprise tombe\nen faillite ou parce que les variations du cours rendent le rendement n\u00e9gatif.\nSteve Keen illustre ce probl\u00e8me par un exemple<a href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>&nbsp;:\non a le choix entre un investissement de revenu esp\u00e9r\u00e9 de 3% avec un \u00e9cart-type\nde 3% et un investissement de revenu esp\u00e9r\u00e9 de 9% avec un \u00e9cart-type de 6%.\nLequel est le plus risqu\u00e9&nbsp;? Pour l\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique, le second. Pas\ns\u00fbr que le public le ressente ainsi, car la probabilit\u00e9 que le premier encoure\ndes pertes est sup\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1921,\nKnight introduisait une distinction majeure&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>L\u2019incertitude du\nfutur est le fait que son caract\u00e8re inconnu le rend impr\u00e9visible&nbsp;;<\/li><li>Le risque,\nc\u2019est l\u2019incertitude quand elle est probabilisable (par exemple, une loterie).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La th\u00e8se de\nKnight, n\u00e9oclassique-r\u00e9p\u00e9tons-le- \u00e9tait que la vie \u00e9conomique est\nprincipalement caract\u00e9ris\u00e9e par la premi\u00e8re et non par le second. Cette opinion\nest reprise par les keyn\u00e9siens. Par contre, l\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique moderne\ns\u2019\u00e9vertue \u00e0 transformer l\u2019incertitude en risque, pour pouvoir l\u2019int\u00e9grer (mais\nsous une forme mutil\u00e9e) dans ses \u00e9quations. La vraie incertitude est absente\ndes mod\u00e8les n\u00e9oclassiques. C\u2019est ce qui explique l\u2019hypoth\u00e8se que les\ninvestisseurs sont capables de d\u00e9terminer exactement la moyenne et l\u2019\u00e9cart-type\ndes dividendes futurs. A mon avis, non seulement cette pr\u00e9science n\u2019existe pas,\nmais les investisseurs n\u2019essaient pas vraiment, car ils sentent que c\u2019est\nmission impossible. Il est vrai que les nouvelles informations leur servent \u00e0\nabaisser ou \u00e9lever les cours en fonction de leur contenu pessimiste ou\noptimiste. Mais le niveau est arbitraire.\nInvestir implique l\u2019acceptation d\u2019un prix. Mais dans l\u2019incertitude, c\u2019est\nl\u2019instinct et le besoin d\u2019agir qui dominent, ce que Keynes appelait\n\u00ab&nbsp;animal spirit&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9\nOrl\u00e9an a lui aussi critiqu\u00e9 l\u2019HME, notamment sa validit\u00e9 empirique. Vu son\nabstraction, celle-ci ne peut \u00eatre test\u00e9e qu\u2019indirectement, sur ses corollaires.\nUn premier test porte sur la <strong>non-pr\u00e9dictibilit\u00e9\ndes r\u00e9sultats<\/strong>, la marche al\u00e9atoire, le fait que des variations de cours\nsuccessives sont statistiquement ind\u00e9pendantes. L\u2019HME ne s\u2019y d\u00e9fend pas trop\nmal, encore que des anomalies r\u00e9guli\u00e8res existent mais la plupart des analystes\nconsid\u00e8rent ce test comme trop influenc\u00e9 par divers facteurs ext\u00e9rieurs \u00e0 la\nquestion. Un autre corollaire testable est qu\u2019<strong>on ne peut pas battre le march\u00e9 <\/strong>pour un risque donn\u00e9, mais sa\nfaiblesse est l\u2019impossibilit\u00e9 de mesurer parfaitement le risque.<\/p>\n\n\n\n<p>Orl\u00e9an\nmentionne deux tests que l\u2019HME rate manifestement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Il n\u2019y a qu\u2019une faible partie de\nl\u2019\u00e9volution des cours qui est explicable a\nposteriori par des informations nouvelles.<\/li><li>L\u2019\u00e9volution des cours \u00e0 long terme ne\nsuit pas une continuit\u00e9 sur la p\u00e9riode observ\u00e9e, f\u00fbt-elle en dents de scie,\nmais est le fruit d\u2019un petit nombre de jours de variation extr\u00eame. Orl\u00e9an donne\nl\u2019exemple de l\u2019indice MSCI Europe qui connu une croissance moyenne de 9,27%\n1993 \u00e0 2008. Cette croissance tombe \u00e0 5,68% si on retire les 10 meilleurs\njours, \u00e00,90% si on retire les 30 meilleurs jours et \u00e0 -1,13% si on retire les\n40 meilleurs jours (sur 23 ans&nbsp;!)<a href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>. La\nr\u00e9p\u00e9tition de ces ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames est incompatible avec la loi des grands\nnombres. Selon Orl\u00e9an, la chute du Dow Jones de 22,6% le 19 octobre 1987,\nstatistiquement, est cens\u00e9e se produire tous les 10 exposant 47 ans (l\u2019\u00e2ge de\nla terre \u00e0 la puissance 5).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Keen et\nOrl\u00e9an s\u2019accordent sur la principale faille de l\u2019HME. Ses mod\u00e8les sont\nunidirectionnels&nbsp;; ils prennent en compte uniquement l\u2019effet des d\u00e9cisions\nindividuelles sur le prix du march\u00e9 mais ignorent la d\u00e9termination en sens\ninverse. Or il est \u00e9vident que les investisseurs se soucient de l\u2019opinion\nqu\u2019ils croient pr\u00e9valoir sur le march\u00e9. Chacun ach\u00e8te et vend en fonction de ce\nqu\u2019il pense que les autres intervenants feront, une id\u00e9e d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans la <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>. Il en r\u00e9sulte une\nesp\u00e8ce ce cercle vicieux qui peut d\u00e9connecter les cours de bourse des\nfondamentaux \u00e9conomiques pendant des p\u00e9riodes plus ou moins longues. Beaucoup\nd\u2019acteurs visent d\u2019ailleurs les gains \u00e0 court terme. Certes, lorsque les cours\nempruntent la mauvaise direction, une correction interviendra t\u00f4t ou tard\n(parfois tr\u00e8s tard), mais chacun esp\u00e8re qu\u2019il sera parmi les derniers \u00e0\nprofiter de la bulle sp\u00e9culative. Keynes compare cette situation \u00e0 un jeu de\nchaises musicales. Lors du retournement, ceux qui d\u00e9sinvestissent les premiers\nperdent le moins et donc, la chaise musicale continue.<\/p>\n\n\n\n<p>A mon avis,\nsi l\u2019irrationalit\u00e9 domine souvent les march\u00e9s financiers, ce n\u2019est pas tant parce\nque les agents manquent de rationalit\u00e9 que parce qu\u2019ils sont condamn\u00e9s \u00e0 une\nsous-information tellement radicale que la rationalit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le impuissante.\nDe plus, si l\u2019information n\u00e9cessaire \u00e9tait disponible, la capacit\u00e9 de ma\u00eetriser\nune telle masse ferait d\u00e9faut, m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019informatique. Ajoutons \u00e0 cela\nla nature paradoxale de l\u2019esprit humain, qui manifeste de l\u2019aversion pour le\nrisque mais est en m\u00eame temps tent\u00e9 par le jeu (pari). Ces conditions rendent\nl\u2019efficience des march\u00e9s impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019inefficience\ndes march\u00e9s financiers est dangereuse. Ce n\u2019est sans doute pas un hasard si les\ndeux principales crises de l\u2019\u00e8re moderne (1929 et 2008) furent pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019une\nbulle sp\u00e9culative.<\/p>\n\n\n\n<p>Keynes\nconsacre le chapitre 12 de la <em>Th\u00e9orie\ng\u00e9n\u00e9rale<\/em> aux march\u00e9s financiers. Il s\u2019appelle \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9tat de la pr\u00e9vision\n\u00e0 long terme&nbsp;\u00bb, mais il aurait pu s\u2019appeler \u00ab&nbsp;L\u2019inefficience des\nmarch\u00e9s financiers&nbsp;\u00bb. Une lecture int\u00e9ressante pour qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la\nquestion.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>3- Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019ai\nexamin\u00e9 cinq th\u00e9or\u00e8mes n\u00e9oclassiques qui se pr\u00eatent \u00e0 une interpr\u00e9tation\njustifiant le syst\u00e8me capitaliste ou le <em>laisser-faire<\/em>,\nmais j\u2019aurais pu en choisir bien d\u2019autres. L\u2019interpr\u00e9tation qui en est faite\ndoit \u00eatre distingu\u00e9e du th\u00e9or\u00e8me lui-m\u00eame, mais les hypoth\u00e8ses pos\u00e9es pour\nd\u00e9montrer ces th\u00e9or\u00e8mes sont parfois tellement artificieuses qu\u2019elles semblent\ncon\u00e7ues ad hoc.<\/p>\n\n\n\n<p>Je\nnuancerais toutefois cette derni\u00e8re affirmation. Car la motivation profonde de\nces hypoth\u00e8ses irr\u00e9aliste est au moins partiellement qu\u2019elles se pr\u00eatent \u00e0 la\nmod\u00e9lisation math\u00e9matique. Or les \u00e9conomistes tiennent beaucoup \u00e0 cette\nmath\u00e9matisation, car elle permet \u00e0 leur discipline d\u2019appara\u00eetre comme plus\nscientifique.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Les marxistes ont une raison particuli\u00e8re d\u2019en vouloir \u00e0 l\u2019\u00e9cole\nn\u00e9oclassique. C\u2019est elle qui a rejet\u00e9 la th\u00e9orie de la <em>valeur-travail<\/em> hors de l\u2019\u00e9conomie politique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Qui contribuera grandement au marginalisme avant d\u2019opter pour\nl\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Je suis de ceux qui contestent que les sciences humaines soient\nscientifiques sur le m\u00eame pied que les sciences naturelles, mais j\u2019accepte de\nles qualifier de \u00ab&nbsp;sciences&nbsp;\u00bb, vu que ces deux types de disciplines\npartagent un certain nombre de caract\u00e9ristiques communes.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Le keyn\u00e9sianisme est divis\u00e9 en plusieurs sous-\u00e9coles. Certaines sont\nplus keyn\u00e9siennes que d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Smith, <em>An Inquiry into the Nature and Causes of The Wealth of Nations<\/em>, Methuen\n1904 London p.421<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Schumpeter, <em>Capitalism, Socalism and Democracy,<\/em> Routledge 1976 London p.84<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Le travail est trait\u00e9 comme les autres biens. Les agents disposent\nd\u2019une allocation quotidienne de 24 heures. Le travail offert est la diff\u00e9rence\nentre ces 24 heures et le temps consomm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Clark <em>The Distribution of Wealth: A Theory of Wages, Interest and Profits<\/em>,\nMacmillan 1908, New York. P.12<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Knight \u00abThe Ethics of Competition\u00bb,\n<em>The Quarterly Journal of Economics<\/em>,\n1923, vol 38 n\u00b03 p.598<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Cobb et Douglas, \u201cA Theory of\nProduction\u201d. <em>American Economic Review<\/em>,\nDecember 1928,p.164<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Je voudrais quand-m\u00eame insister sur un point&nbsp;: les \u00e9conomistes\nn\u00e9oclassiques sont incapables de concevoir l\u2019\u00e9pargne autrement que comme une <em>consommation diff\u00e9r\u00e9e<\/em>. Que quelqu\u2019un\n\u00e9pargne pour la jouissance de poss\u00e9der un capital n\u2019intervient jamais dans\nleurs mod\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Lorsqu\u2019on augmente la quantit\u00e9 de tous\nles facteurs de x%, la production augmente de y%. Si y&nbsp;=&nbsp;x, les <em>rendements d\u2019\u00e9chelle<\/em> sont constants. Ils\nsont croissants si y&nbsp;&gt;x et d\u00e9croissants si y&lt;&nbsp;x. La variation\n\u00e9quiproportionnelle de tous les facteurs est quelque chose de tr\u00e8s diff\u00e9rent de\nla variation d\u2019un seul des facteurs qui entre dans la d\u00e9finition de la <em>productivit\u00e9 marginale<\/em>. Notamment, elle\nprend plus de temps.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> La place ne me permet pas de donner plus d\u2019explications ici. Le\nlecteur int\u00e9ress\u00e9 se r\u00e9f\u00e9rera \u00e0 mon ouvrage en ligne \u00ab&nbsp;Ombres et lumi\u00e8res\nde l\u2019\u00e9conomie politique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Plus d\u2019explications dans mon article en ligne \u00ab&nbsp;Sommes-nous pay\u00e9s\nselon la productivit\u00e9 marginale&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Ce <em>taux naturel<\/em> est du <em>ch\u00f4mage frictionnel<\/em> (d\u00fb au temps\nn\u00e9cessaire pour retrouver un emploi) et ne contredit donc pas la th\u00e8se de\nl\u2019impossibilit\u00e9 du ch\u00f4mage involontaire.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Ils ne sont sensibles qu\u2019\u00e0 l\u2019<em>encaisse\nr\u00e9elle<\/em>. Je ne conteste personnellement pas ce point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Cette th\u00e9orie remonte aux premiers temps de l\u2019\u00e9conomie politique, mais\nc\u2019est Fisher, en 1911, qui la pr\u00e9sentera de la fa\u00e7on la plus syst\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Voici encore une affirmation que je ne conteste pas.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Principalement&nbsp;: le revenu national, la consommation, le taux\nd\u2019int\u00e9r\u00eat, l\u2019intensit\u00e9 capitalistique (rapport capital\/travail), le taux\nd\u2019\u00e9pargne, l\u2019accroissement de la main d\u2019\u0153uvre et la part des revenus du capital\ndans le revenu national.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Jusqu\u2019en 1957, les <em>fonctions de\nproduction agr\u00e9g\u00e9es<\/em> ne comportaient que deux entr\u00e9es&nbsp;: le capital et\nle travail. Solow, le premier, introduisit un troisi\u00e8me facteur. Sur une s\u00e9rie\nstatistique de 1909 \u00e0 1949, il constate qu\u2019une part importante de la croissance\nde la production n\u2019est pas attribuable au travail ou au capital. Le \u00ab&nbsp;r\u00e9sidu\nde Solow&nbsp;\u00bb est le facteur multiplicatif qui capture cet \u00e9cart. Le progr\u00e8s\ntechnologique constitue une part importante de l\u2019explication.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a> Fama \u201cEfficient Capital Markets: A\nReview of Theory and Empirical Work\u201d, <em>The\nJournal of Finance<\/em>, 1970, Vol. 25, No. 2, p.383 et p.416.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> Keen, <em>L\u2019imposture \u00e9conomique<\/em>,\nEditions de l\u2019atelier, 2014, p. 326.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a> Orl\u00e9an, <em>L\u2019empire de la valeur<\/em>,\nEditions du seuil, 2011, pp. 297-298<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9conomie politique n\u00e9oclassique, fait-elle l&rsquo;apologie du capitalisme ? Depuis le troisi\u00e8me quart du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019\u00e9cole n\u00e9oclassique domine imp\u00e9rialement la th\u00e9orie \u00e9conomique. Son origine remonte \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la th\u00e9orie de l\u2019utilit\u00e9 marginale par Jevons et Menger (1871) ainsi que Walras (1874), quoi que des pr\u00e9curseurs les aient devanc\u00e9s. Depuis longtemps, son h\u00e9g\u00e9monie est presque [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/647"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=647"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/647\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":666,"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/647\/revisions\/666"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eco-medie.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=647"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}